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Déclaration du 22 juin 2002


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Vers la reconnaissance du génocide
Vers la reconnaissance du génocide arménien par la Suisse

Déclaration adoptée par l’Assemblée générale de l’Association Suisse-Arménie, juin 2002


Le 18 mars 2002, le conseiller national Jean-Claude Vaudroz dépose un postulat visant à la reconnaissance par la Suisse du génocide des Arméniens. Ce texte a été signé par 113 députés de tous les partis. Le 15 mai 2002, le Conseil fédéral adopte une prise de position basée sur des considérations d’opportunité politique et économique. La présente déclaration est un appel aux parlementaires et à toutes les forces démocratiques suisses à rester souverains, à ne pas céder aux pressions extérieures et à décider en connaissance de cause.
La stratégie négationniste de la Turquie est connue : si elle admet qu’il y a bien eu des morts arméniens durant la guerre de 14-18, c’est aussitôt pour les justifier en arguant des risques de connivence des Arméniens avec l’ennemi russe. L’argument est fallacieux, d’une part, parce que toute la population arménienne de l’Empire ottoman fut frappée systématiquement par les massacres et non seulement celle des provinces proches du front de la guerre, d’autre part, en raison de l’existence de camps de concentration et d’extermination le long de l’Euphrate, qui atteste d’une volonté de destruction définitive.
Les historiens ont accompli leur travail. La nature génocidaire des faits est avérée. La reconnaissance par le Parlement suisse, comme par d’autres parlements nationaux, est cruciale afin que de tels crimes ne se reproduisent pas. La ratification par la Suisse de la Convention de l’ONU pour la répression du crime de génocide – traduite dans son droit pénal interne - atteste d’un engagement réel pour la justice pénale internationale, pour les droits de l’homme et les valeurs humanistes en général. Or cet engagement perd toute sa valeur si la Confédération n’a pas le courage de reconnaître la nature du délit dans le cas arménien. La tradition humaniste de notre pays s’est construite, en effet, dès la fin du 19e siècle, en référence à la « question arménienne », à travers la pétition de 1896/1897, signée par 454’291 personnes, qui réclamait l’arrêt des pogromes anti-arméniens, par les interventions du Conseil fédéral à la Société des Nations en 1920, et par l’aide humanitaire apportée aux réfugiés arméniens, en Suisse comme au Proche-Orient.
S’agissant de la question des relations entre l’Arménie et la Turquie, il est évident que celles-ci ne sauraient se développer sur des bases saines si la réalité historique n’est pas reconnue. C’est la non-reconnaissance du génocide et la politique négationniste de la Turquie actuelle qui empêchent la réconciliation entre les deux peuples. Personne ne conteste d’ailleurs le fait qu’une réconciliation entre Juifs et Allemands n’aurait pas été possible sans la repentance exemplaire de l’Allemagne.
En affirmant qu’une « acceptation du postulat pourrait ajouter encore à la charge émotionnelle qui pèse sur les relations entre la Turquie et l’Arménie », le Conseil fédéral impute implicitement aux Arméniens la responsabilité de l’échec des relations entre les deux peuples. Faut-il ménager davantage les héritiers des bourreaux que ceux des victimes?
Un génocide laisse des traces profondes dans la mémoire collective des peuples. Sa négation constitue le parachèvement du crime et, pour les rescapés et leurs descendants, une violence supplémentaire. Mais la reconnaissance n’est pas seulement fondamentale pour le peuple arménien, elle est une question de principe : les génocides détruisent les fondements mêmes de la civilisation et de la morale. La reconnaissance concerne donc tous les peuples et les Etats pour qui les principes de justice et d’humanité ont un sens.
Devant la question du génocide, nous demandons aux représentants du peuple suisse de donner la place qui leur revient aux notions de justice et d’humanisme, c’est-à-dire aux valeurs fondatrices de notre pays.

ASSOCIATION SUISSE-ARMENIE













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