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Vers la reconnaissance du génocide
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Vers la reconnaissance du génocide arménien par la Suisse
Déclaration adoptée par l’Assemblée générale
de l’Association Suisse-Arménie, juin 2002
Le 18 mars 2002, le conseiller national Jean-Claude Vaudroz dépose
un postulat visant à la reconnaissance par la Suisse du génocide
des Arméniens. Ce texte a été signé par 113
députés de tous les partis. Le 15 mai 2002, le Conseil fédéral
adopte une prise de position basée sur des considérations
d’opportunité politique et économique. La présente
déclaration est un appel aux parlementaires et à toutes les
forces démocratiques suisses à rester souverains, à
ne pas céder aux pressions extérieures et à décider
en connaissance de cause.
La stratégie négationniste de la Turquie est connue : si
elle admet qu’il y a bien eu des morts arméniens durant la guerre
de 14-18, c’est aussitôt pour les justifier en arguant des risques
de connivence des Arméniens avec l’ennemi russe. L’argument est fallacieux,
d’une part, parce que toute la population arménienne de l’Empire
ottoman fut frappée systématiquement par les massacres et
non seulement celle des provinces proches du front de la guerre, d’autre
part, en raison de l’existence de camps de concentration et d’extermination
le long de l’Euphrate, qui atteste d’une volonté de destruction définitive.
Les historiens ont accompli leur travail. La nature génocidaire
des faits est avérée. La reconnaissance par le Parlement suisse,
comme par d’autres parlements nationaux, est cruciale afin que de tels crimes
ne se reproduisent pas. La ratification par la Suisse de la Convention de
l’ONU pour la répression du crime de génocide – traduite dans
son droit pénal interne - atteste d’un engagement réel pour
la justice pénale internationale, pour les droits de l’homme et les
valeurs humanistes en général. Or cet engagement perd toute
sa valeur si la Confédération n’a pas le courage de reconnaître
la nature du délit dans le cas arménien. La tradition humaniste
de notre pays s’est construite, en effet, dès la fin du 19e siècle,
en référence à la « question arménienne
», à travers la pétition de 1896/1897, signée
par 454’291 personnes, qui réclamait l’arrêt des pogromes anti-arméniens,
par les interventions du Conseil fédéral à la Société
des Nations en 1920, et par l’aide humanitaire apportée aux réfugiés
arméniens, en Suisse comme au Proche-Orient.
S’agissant de la question des relations entre l’Arménie et la Turquie,
il est évident que celles-ci ne sauraient se développer sur
des bases saines si la réalité historique n’est pas reconnue.
C’est la non-reconnaissance du génocide et la politique négationniste
de la Turquie actuelle qui empêchent la réconciliation entre
les deux peuples. Personne ne conteste d’ailleurs le fait qu’une réconciliation
entre Juifs et Allemands n’aurait pas été possible sans la
repentance exemplaire de l’Allemagne.
En affirmant qu’une « acceptation du postulat pourrait ajouter encore
à la charge émotionnelle qui pèse sur les relations
entre la Turquie et l’Arménie », le Conseil fédéral
impute implicitement aux Arméniens la responsabilité de l’échec
des relations entre les deux peuples. Faut-il ménager davantage les
héritiers des bourreaux que ceux des victimes?
Un génocide laisse des traces profondes dans la mémoire collective
des peuples. Sa négation constitue le parachèvement du crime
et, pour les rescapés et leurs descendants, une violence supplémentaire.
Mais la reconnaissance n’est pas seulement fondamentale pour le peuple arménien,
elle est une question de principe : les génocides détruisent
les fondements mêmes de la civilisation et de la morale. La reconnaissance
concerne donc tous les peuples et les Etats pour qui les principes de justice
et d’humanité ont un sens.
Devant la question du génocide, nous demandons aux représentants
du peuple suisse de donner la place qui leur revient aux notions de justice
et d’humanisme, c’est-à-dire aux valeurs fondatrices de notre pays.
ASSOCIATION SUISSE-ARMENIE |
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