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[FID] Filles et fils de l’exil par JJ Varoujan

 
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 PostPosted: Wed Aug 10, 2005 9:31 am    Post subject: [FID] Filles et fils de l’exil par JJ Varoujan Reply with quote Back to top

Mars 2005 | Le Monde diplomatique | Jean-Jacques Varoujan* |

Filles et fils de l’exil

Arméniens sans frontières

A l’origine de toute diaspora se trouve un événement traumatique. Les Arméniens subirent le premier génocide du XXe siècle. Préparé par les massacres de 1894-1896, il sera perpétré durant la première guerre mondiale, en 1915, par les miliciens du parti turc Union et Progrès, sur ordre de leurs dirigeants et avec la complicité d’officiers allemands encadrant l’armée. Les deux tiers des Arméniens de Turquie – environ 1,2 million – seront exterminés. Quatre-vingt-dix ans plus tard, si 3 millions vivent dans leur République indépendante, le double environ est dispersé à travers le monde : au Proche-Orient, mais aussi en Russie, en Europe, aux Etats-Unis... C’est cette mémoire d’exil que ravivent ici l’écrivain Jean-Jacques Varoujan.

Il faut changer ses yeux, recommande Sophocle. Mais comment faire devant certaines scènes ? Une simple série de portraits nous enfonce dans la douleur. Je me vois là où j’avais sept ou huit ans et cela me désespère. Jamais je n’aurais voulu que meure, que disparaisse, que s’évanouisse dans l’air des temps ce petit garçon aux culottes courtes que j’étais. Jamais je ne pourrai accepter que cette petite chienne aux pieds de ma grand-mère ait vu ce qu’elle a vu, sans avoir la force de se défendre, d’aboyer après les assassins de son maître.

Jamais, se dit le fils de l’exilé, je ne verrai ce que je n’ai pas vu, ce dont on m’a privé et que je ne connais que par les « on raconte », les « on évoque », les « on pleure », les « on chante ».

Où est la faute ? Où est le hic terrible ? Dans ces rues, ces arbres, ces tombes retournées, cette foule qui manifeste un 24 avril pour clamer haut et fort : ils sont morts pour que nous vivions ! Et le photographe d’ajouter : pour que nous n’oubliions pas.

Mais peut-on oublier ? Comment oublier les événements, souvent tragiques, parfois issus de crimes, qui ont conduit tout un peuple à quitter ses terres ? Et toujours cette incompréhension, cette question lancinante : pourquoi moi ? Où est mon erreur ? Qu’aurais-je dû ne pas faire, qu’aurais-je dû faire ? Me taire, me défigurer, me renier ? Et si les causes des génocides, des exécutions sommaires, des bannissements, des massacres de 1915 en Anatolie orientale tenaient à la beauté insolente de ma langue, si différente, à la beauté inviolable de mon pays où les sourires, les rires, les danses et les chants, les prières ont des siècles d’existence, à tant de christs en croix. Mon désir de liberté, se dit encore l’exilé, la soif de vivre ma foi ont poussé les barbares à faire pire, de jour en jour, jusqu’à l’extermination et la destruction de ce qui n’est pas tadjik – ou « rouge » ou encore aryen –, de tout ce qui pouvait témoigner...

Après avoir massacré la grande majorité des « infidèles » et poussé les rescapés à fuir, l’occupant – qu’il ait été turc, allemand ou chinois – a privé les survivants de leur bonheur naturel d’être arméniens, juifs ou tibétains. Ce bonheur, cette joie ne reviendront jamais tout à fait car ils sont quelqu’un d’autre devenus dans le nouveau pays où ils sont. Seconde patrie, dit-on, comme si on avait deux pères.

Où qu’il soit, quoi qu’il fasse, quoi qu’il voie se dérouler sous son nez, l’exilé a le regard tourné vers le vécu passé, d’avant sa mort morale. Il se nourrit des images qu’il ne peut oublier, de la photographie des siens, même si ces images, ces photographies sont dans sa tête, sa conscience endormie.

« Est-ce qu’on emporte sa patrie à la semelle de ses souliers ? », s’exclama Danton à qui l’on proposait l’exil volontaire pour échapper à la mort.

Oui, monsieur, oui, citoyen, oui, camarade, on emporte quelque chose. Et quoi ? Une réalité qui, à la longue, tourne à l’illusion, au mirage. A la folie. Alors on se raconte, on montre ce qui reste de la maison, de l’église, de la rue pour échapper à une mort pire encore.

Dirons-nous aux os de nos pères : levez-vous et suivez-nous sur une terre étrangère !

Plus d’un Romain, autrefois, préféra la mort à l’exil. Plus d’un proscrit vécut comme mort sur une terre de rechange. Mon grand-père Garabed ne parla plus jamais après avoir débarqué en France et je ne l’ai pour ainsi dire presque jamais vu sourire. Toujours plié sur lui-même. Plié en deux. Son leitmotiv intérieur, son tic-tac quotidien : qu’est-ce que je fais ici ? Ici où j’ai dû, les premiers temps, obtenir un œuf, chez l’épicier d’Alforville, en demandant : « Amane œuf ? », ou, à court d’explication, en faisant : « Cot cot » !

Que reste-t-il (de nos amours) quand on vit loin de son pays, loin des siens, morts sur place, de son village, de ses montagnes, de ses poules et de ses lapins ? La mémoire. Sauf, ça arrive, quand ce n’est pas la sienne qui revient. Au bout d’un temps, force est d’admettre que cette mémoire est plus ou moins faite de récits, d’histoires rapportées, vécues dans des rêves inexpliqués, inventées plus ou moins là aussi, embellies ou noircies, de légendes, peut-être même de fabulations... Il reste, en fait, des images. Quelques photos sauvées on ne sait trop comment, retrouvées au fond d’une vieille valise qu’on avait tardé à rouvrir, en attendant le retour, croyait-on, au pays. Surtout celles qui, prises plus tard, dans les lieux d’exil, de personnes déracinées, inconnues parfois, avec pourtant un nom au dos, un nom qui ne dit rien. Un nom muet.

Reste l’œil qui continue de chercher, sans réussir toujours à s’accrocher à une réalité qui ne lui est pas propre – et le sourire parfois revenant qu’on y lit. Il est des deuils dont on ne survit qu’en souriant. On ne sait plus très bien – la vue se trouble en les regardant –, on ne sait plus très bien qu’on voit. Ce n’est pas toujours l’oncle, la grand-mère, un petit copain... C’est, quand ils ont été arrachés comme ils l’ont été à leur identité, ce n’est plus l’homme ni la femme – n’est-ce pas alors l’être ? – qu’on ne saurait trucider, même à coups de cimeterres ?

Que reste-t-il (de nos amours) ? Dans le meilleur des cas, ayant perdu toute appartenance à une identité reconnue, répertoriée, on se rapproche de ce qui reste en nous d’essentiel, dépouillé dès lors de tous les oripeaux, des signes, des étiquettes qui font que nous ne sommes plus comme personne, comme nous étions le premier jour, avant de savoir, avant d’obéir aux règles établies, de subir les labels, les poinçons.

Mais les jeunes pousses ne partagent pas cette opinion.

Quand l’exilé évoque « le pays » devant ses enfants... « C’est quoi, ça, notre pays ? », réplique aussitôt son fils. Et le père reste bouche bée, le souffle coupé. Cloué.

« Nous ne sommes pas à Kharpert ! », renchérit sa fille.

– Tais-toi ou tu prends une gifle (mot à mot : tu manges une gifle).

– Mais moi, je suis française ! », proteste une petite Arménienne dans un film d’Isabelle Ouzounian, Le Jardin de Khorkom.

Voilà le châtiment le plus terrible que peut subir un émigré, le cri le plus terrible d’une petite-fille d’exilé – comme une écharde s’enfonce dans sa chair, une mort sans crime, sans personne pour donner le coup fatal. Et c’est cependant une autre vie qui se manifeste. Une naissance à une autre vie.

Une naissance pendant que meurt une partie – laquelle ? – d’un cœur meurtri.

Que reste-t-il de l’homme qu’on est quand on se retrouve dans un camp de réfugiés, dans un tel provisoire, un tel anonymat ? Ou dans une ville, un quartier, une rue où on ne connaît rien ni âme vivante, quand on est soi-même une âme morte ? Où personne ne parle la même langue que la sienne, dans une maison déshabitée, sous un ciel d’un autre bleu – où seuls les oiseaux, qui ne savent pas la différence d’entre les hommes, chantent, croit-il, pour donner quelques nouvelles du pays...

Quel est cet ailleurs que cherche son regard creux, tapi dans ses yeux hagards, noirs, aveugles ? Miroir accusateur ? Supplique d’une victime ? Ce n’est pas seulement son passé qu’il recherche, les anciens, le visage et les paroles des aïeux, c’est aussi, et surtout, les enfants qu’il a fallu abandonner, exécutés sur place ou enlevés par la racaille, avant de plier bagage, les corps non identifiables que la mer par vagues successives restitue, ou emportés par les eaux furieuses de l’Euphrate.

Tous les exilés du monde ont les mêmes images intérieures, reflets d’un pays qui fut le leur. Loin de sa terre, exilé de lui-même, un homme est autre. Presque rien. Quel avenir est le sien ? Parfois, souvent, le confort, une bonne situation, des plaisirs furtifs, des coups de cœur, mais son avenir reste ses « jadis et naguère », sa richesse est ce qu’il a perdu. Etranger à l’étranger, il l’est devenu au pays, s’il peut retourner au pays, en touriste. De plus, il éprouve, toute sa vie durant, un sentiment de culpabilité qu’il ne mérite certainement pas. Pourquoi ? se demande-t-il inlassablement.

Les barbares ottomans haïssaient les chrétiens qu’ils avaient soumis, parce que ces derniers ne cessaient de leur montrer, par leur silence, leur vie secrète, et aussi par leur sourire, qui ils étaient, eux, barbares ottomans ou barbares nazis, les forçant, malgré eux, à se dévoiler, à se montrer tels quels.

Pour rester en phase avec Mustafa Kemal... Nous allons « arméniser » les juifs, annonçait Hitler en 1923, au cours d’une réunion dans l’arrière-salle d’un café à Vienne. Bienvenue au gang.

Un juif, un Arménien, un Grec de Turquie, un Tibétain, ne peut vivre une journée, la passer sans ressentir, même furtivement, sans qu’il lui saute aux yeux qui il est, même s’il ne se demande pas, sur le coup, ce que c’est qu’être arménien, juif ou tibétain. Pour remédier à la sinistre réalité inverse, possible, il lui suffit – grand bien lui fasse... – de se plonger, chaque jour avant de mourir, dans les pages du grand livre où il demeure, dans ses images souvent sans légendes. Chaque jour pour ne pas mourir.

Il lui suffit de se rappeler tel ou tel des siens qui rendit l’âme en parlant une langue, la sienne, que personne, autour de lui, ne put saisir. Pourquoi Tchekhov eut-il ce dernier mot : « Ich sterbe » ?

« Comment meurent les exilés ? », aurait pu se demander Tolstoï.

Ce n’est pas seulement un désir de vivre que l’on peut lire sur le visage des enfants, des vieillards, des femmes qui sont comme des oubliés, mais le fait qu’ils sont eux-mêmes la vie. Car c’est peut-être là qu’est la vie. Et non seulement celle d’aujourd’hui, et non seulement celle que nous menons, celle qui nous fait dire, un peu sottement, à chaque tournant : c’est la vie ! C’est là que se trouvent les vraies raisons de croire, sans savoir exactement, mais peu importe, en quoi. A quoi.

Cette éternité de l’être exilé, son universalité se voient partout et se voient parfois dans les images figées, matérielles. Une rue à Alep, la rue Baron, où arriva le terrible télégramme de Talaat ordonnant l’extermination de tout un peuple. Au Karabakh, quand on enterre les vieux sur lesquels on se penche une dernière fois. De quel côté regardent-elles, ces femmes enlacées, à la frontière, venues d’un côté, nées de l’autre ?

Il restera toujours, pour nous maintenir au cœur du Mystère, il restera toujours l’être. « L’homme de peu inférieur à Dieu », dit David (psaume VIII, 5). L’être, né avant toute chose, qui est de beaucoup supérieur à Dieu.

Il restera toujours l’exilé qui, entre l’homme et Dieu, ne pouvant que désespérer de l’un comme de l’autre, erre sur un chemin de croix, qui n’est pas de ce monde, où l’un et l’autre l’ont abandonné. Pourquoi ?

Tout ce qu’il sait vient de ce qu’il est un exilé. Tout ce qu’il ne sait pas vient de ce qu’il est un exilé. Telle est sa condition, tel son régime. Il se nourrit exclusivement de passions mortes.

* Jean-Jacques Varoujan
Dramaturge et essayiste, il a publié de nombreux ouvrages, parmi lesquels Mort d’un oiseau de proie (Gallimard, 1980), De quoi je ? Tentative V (Edipol, 2002) et A plus (L’Harmattan, 2003).

Adresse de l'article:
http://www.monde-diplomatique.fr/2005/03/VAROUJAN/11971

© www.monde-diplomatique.fr Mars 2005 (pages 14 et 15)

_______________________

Oeuvres de Jean-Jacques Varoujan:

Collection Diasporas

Mieux placé que personne, Hovsep, le personnage central de Si c'est rond, assure connaître les raisons du mal dont souffre le monde et, partant, connaître le remède. Descendu des pentes de Kharpert, ce rescapé remue le couteau dans la conscience de l'humanité, là où se situe la plaie.
Tel est le point de départ du premier des cinq volumes de ces Tentatives.
Le deuxième, c'est pas carré, est un voyage à travers les récifs, les écueils et les réalités de tous les jours, des actualités, vers le pays rêvé. Le pays, symbolisé ici par la Femme, purificatrice, qui fait s'évanouir les nostalgies, efface les douleurs.
2015 est le refus de porter encore le fardeau des temps passés, trop faits de larmes et de sang. Il se propose de vivre dès aujourd'hui ce que nous serons un siècle après le drame et cherche, pour cela, le mot qui change tout. Ce mot c'est le Toun, c'est-à-dire qui nous étions avant de venir au monde, où se situent nos origines.
La Quadrature du siècle exprime le besoin de savoir qui on est aujourd'hui. Je cherche à comprendre les autres, les siens, le peuple dont on est issu et faire les pas qui conduisent à une autre vie, et rompre avec les hommes, afin de résoudre la Quadrature de l'être, qui est le propos du cinquième volume, De quoi je.
Une troisième vie, après celle, vécue dans les douleurs, qui nous vient d'avant et celle qui n'existe pas .
Qui dit seulement que l'on est, sans nom ni visage, sans identité ni patrie.


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 PostPosted: Wed Aug 10, 2005 9:39 am    Post subject: Gli armeni, memoria senza frontiere Reply with quote Back to top

Marzo 2005 | Le Monde Diplomatique | Jean-Jacques Varoujan

Gli armeni, memoria senza frontiere

All'origine di ogni diaspora, c'è un avvenimento traumatico. Gli armeni subirono il primo genocidio del XX secolo. Preparato dai massacri del 1894-1896, verrà perpetrato durante la prima guerra mondiale, nel 1915, da miliziani del partito turco Unione e Progresso, per ordine dei loro dirigenti e con la complicità di ufficiali tedeschi che inquadravano l'esercito. I due terzi degli armeni di Turchia - circa 1,2 milioni - saranno sterminati. Novant'anni dopo, se 3 milioni vivono nella loro Repubblica indipendente, circa il doppio è disperso nel mondo: in Medioriente, ma anche in Russia, in Europa, negli Stati uniti... È questa memoria d'esilio che richiama lo scrittore Jean-Jacques Varoujan.

Dobbiamo cambiare i nostri occhi, raccomandava Sofocle. Ma come fare davanti a certi scenari? Una semplice serie di ritratti ci fa sprofondare nel dolore. Io mi rivedo là, che avevo sette-otto anni, e mi dispero.
Mai avrei voluto che morisse, che scomparisse, che svanisse nel tempo il ragazzino dai calzoni corti che ero. Mai potrò accettare che la cagnetta ai piedi della nonna abbia visto ciò che ha visto, senza avere la forza di difendersi, di abbaiare dopo che i suoi padroni erano stati uccisi. Mai, si dice il figlio dell'esule, vedrò ciò che non ho visto, ciò di cui sono stato privato e che conosco solo attraverso i «si racconta», «si ricorda», «si piange, «si canta».
Dov'è l'errore? Dove il «quid» terribile? In queste strade, in questi alberi, in queste tombe rivoltate, in questa folla che manifesta un 24 aprile per gridare alto e forte: essi sono morti affinché noi viviamo! E il fotografo aggiunge: affinché non dimentichiamo. Ma possiamo dimenticare? Come dimenticare gli avvenimenti, spesso tragici, a volte prodotti da crimini, che hanno condotto un popolo intero ad abbandonare la sua terra? E, di nuovo, questa incomprensione, questa domanda lancinante: perché io? Dov'è il mio errore? Cosa non avrei dovuto fare, cosa avrei dovuto fare? Tacere, sfigurarmi, rinnegarmi?
E se le cause dei genocidi, delle esecuzioni sommarie, delle proscrizioni, dei massacri del 1915 nell'Anatolia orientale, fossero dovute alla bellezza insolente della mia lingua, così diversa, alla bellezza inviolabile del mio paese dove i sorrisi, le danze, i canti, le preghiere a tanti cristi sulla croce sono vecchi di secoli. Il mio desiderio di libertà, pensa ancora l'esule, la sete di poter vivere la mia fede hanno spinto i barbari al peggio, giorno dopo giorno, fino allo sterminio e alla distruzione di tutto ciò che non è tadjik - o «rosso», oppure ariano - di tutto ciò che poteva testimoniare...
Dopo aver massacrato quasi tutti gli «infedeli» e aver spinto i superstiti alla fuga, l'occupante turco, l'occupante tedesco, l'occupante cinese hanno tolto ai superstiti la felicità naturale di essere armeni, ebrei, o tibetani. Una felicità, una gioia che non ritorneranno mai del tutto perché essi sono ormai diversi nel paese nuovo dove vivono.
Seconda patria, si dice, quasi si avessero due padri. Ovunque egli sia, qualunque cosa egli faccia, o veda succedere in sua presenza, l'esule rivolge lo sguardo verso il suo vissuto passato, di prima della sua morte morale. Si nutre delle immagini che non può dimenticare, della fotografia dei suoi, anche se queste immagini, queste fotografie sono, nella sua testa, la sua coscienza sopita.
Portiamo forse la nostra patria sotto la suola delle scarpe? esclama Danton al quale offrivano l'esilio volontario per sfuggire alla morte.
Sì signore, sì cittadino, sì compagno, si porta via qualcosa. Cosa?
Una realtà che, alla lunga, si trasforma in illusione, in miraggio.
In follia. E raccontiamo, guardiamo ciò che resta della casa, della chiesa, della strada, per sfuggire a una morte ancora peggiore.
Diremo forse alle spoglie dei nostri padri: alzatevi e seguiteci in terra straniera! In passato più di un romano preferì la morte all'esilio. Più di un proscritto visse come un morto in una terra di ricambio. Mio nonno Garabed non parlò più dopo essere approdato in Francia, e non l'ho quasi mai visto sorridere. Sempre chiuso in se stesso. Piegato in due. Il suo leitmotiv interiore, il suo tic-tac quotidiano: che faccio qui? Qui, dove, all'inizio, per ottenere un uovo dal droghiere di Alforville, a corto di vocabolario, ho fatto «coccodé... coccodé»! Che cosa rimane (dei nostri amori) [Que reste-t-il (des nos amours) cantava Charles Trenet],o quando si vive lontano dal proprio paese, dai propri morti, dal proprio villaggio, dalle proprie montagne, dalle proprie galline e dai propri conigli? La memoria. Salvo, come capita, quando non è la propria che ritorna. Dopo un certo tempo, occorre ammettere che questa memoria è fatta più o meno di racconti, di storie ripetute, vissute in sogni rimasti oscuri, più o meno inventate anche, abbellite o peggiorate, di leggende, forse di affabulazioni ... In realtà rimangono delle immagini. Alcune fotografie salvate non si sa come, ritrovate in una vecchia valigia rimasta chiusa nell'attesa del rientro in paese, si credeva. Soprattutto quelle fatte dopo, nei luoghi dell'esilio, di gente sradicata, a volte sconosciuta anche se, sul verso, si legge un nome che non ci dice niente, un nome muto.
Rimane l'occhio che continua a cercare, senza riuscire sempre a tenersi aderente a una realtà che non è la sua - e da dove viene il sorriso che a volte vi si legge? Vi sono lutti ai quali si sopravvive solo sorridendo. Non si sa più bene - perché la vista si oscura guardandoli - se si vede uno zio, una nonna o un amichetto... Strappati alla loro identità, non sono più l'uomo o la donna - forse, l'essere?
- che non si può uccidere, neppure a colpi di scimitarra?
Che cosa rimane (dei nostri amori)? Nel migliore dei casi, avendo perso ogni appartenenza a una identità riconosciuta, repertoriata, ci riavviciniamo a quanto rimane in noi di essenziale, spogliato di tutti gli orpelli, dei segni, delle etichette per cui non siamo più nessuno, come eravamo il primo giorno, prima di sapere, prima di ubbidire a regole stabilite, di subire etichette e timbri.
Ma i giovani germogli la pensano diversamente.
Quando l'esule evoca il «paese» in presenza dei figli - «Che cos'è, questo paese?» - risponde immediatamente il figlio. E il padre resta senza parole, il respiro sospeso. Inchiodato. - «Non siamo a Kharpet!» rincara la figlia.
- «Zitta, o ti do una sberla» (letteralmente: ti mangi una sberla).
- «Ma io sono francese!», protesta una giovane armena in un film di Isabelle Ouzounian, Le Jardin de Khorkom.
Ecco il castigo più terribile che può subire un esule, il grido più tremendo di una figlia di esiliato - una scheggia che si fissa nella carne, una morte senza crimine, senza nessuno che possa dare il colpo di grazia. E tuttavia è un'altra vita che si esprime. Un'altra vita che sta nascendo. Una nascita mentre muore una parte (quale?) di un cuore ferito.
Cosa rimane dell'uomo che sei quando ti ritrovi in un campo profughi, in una tale provvisorietà, un tale anonimato? O in una città, un quartiere, una strada di cui non sai niente, dove non conosci anima viva, mentre sei tu stesso una anima morta? Dove nessuno parla la tua lingua, in una casa vuota, sotto un cielo di un azzurro diverso - dove soltanto gli uccelli, che non conoscono la differenza tra gli uomini, cantano - tu credi - per portare notizie dal paese...
Qual è questo altrove che il suo sguardo vuoto cerca, nascosto negli occhi smarriti, neri, accecati? Specchio accusatore? Supplica di una vittima? Non solo il suo passato egli cerca, i vecchi, il viso e le parole degli antenati, ma anche e soprattutto i bambini che si sono dovuti abbandonare, uccisi sul posto o portati via da gentaglia, prima di fare le valigie, i corpi irriconoscibili che il mare restituisce, onda dopo onda, o portati via dalle acque tempestose dell'Eufrate.
Tutti gli esuli del mondo hanno le stesse immagini interiori, riflessi di un paese che fu loro. Lontano dalla sua terra, esiliato da se stesso, un uomo diventa altro. Quasi nulla. Qual è il suo futuro?
A volte, spesso, una vita confortevole, una buona posizione, furtivi piaceri, ma il futuro resta il suo passato, la sua ricchezza ciò che egli ha perso. Straniero in terra straniera, è diventato straniero nel suo paese, se riesce a ritornare nel suo paese, da turista. In più egli, per tutta la vita, prova un senso di colpa che certamente non merita. Per quale ragione, si chiede senza tregua.
I barbari ottomani odiavano i cristiani che avevano sottomesso, perché con il loro silenzio, la loro vita segreta e anche il loro sorriso, questi gli dimostravano costantemente che erano loro i barbari, barbari ottomani o barbari nazisti, costringendoli a smascherarsi, a mostrarsi quali erano. Per rimanere in sintonia con Mustafa Kemal... Noi «armenizzeremo» gli ebrei, annunciava Hitler nel 1923, in un incontro nella sala interna di un caffè a Vienna. Era il benvenuto ai malfattori.
Un ebreo, un armeno, un greco di Turchia, un tibetano non può vivere un solo giorno senza sentire, anche furtivamente, senza che gli salti alla mente chi è, anche se non si chiede, al momento, cosa significhi essere armeno, ebreo o tibetano. Per lottare contro la triste realtà, basta che si immerga, ogni giorno prima di morire, nelle pagine del grande libro nel quale egli vive, nelle sue immagini spesso prive di leggenda. Ogni giorno per non morire. Basta che egli ricordi uno dei suoi che spirò parlando una lingua, la sua, che nessuno intorno a lui ha potuto capire. Perché l'ultima parola pronunciata da Cechov fu: «Ich sterbe» (io muoio)?
Come muoiono gli esuli? avrebbe potuto chiedersi Tolstoj.
Sul viso dei bambini, dei vecchi, delle donne che sembrano dei dimenticati, non si legge soltanto il desiderio di vivere ma il fatto che essi stessi sono la vita. Perché può darsi che la vita sia qui. E non solo quella odierna e non solo quella che conduciamo, quella che ci fa dire, un po' scioccamente, a ogni momento: è la vita! Qui stanno le vere ragioni per credere, senza sapere esattamente, ma non importa, in che cosa, a che cosa. Questa eternità dell'esule, la sua universalità, si vedono ovunque e talvolta nelle immagini rapprese, materiali. Una strada di Aleppo, la via Baron, dove arrivò il tremendo telegramma di Taalat che ordinava lo sterminio di un intero popolo. Nel Karabach, quando si seppelliscono i vecchi sui quali ci si inchina un'ultima volta. In che direzione guardano queste donne abbracciate, al confine, giunte da un lato, nate nell'altro?
Per rimanere nel cuore del Mistero, rimarrà sempre l'essere: «L'uomo di poco inferiore a Dio», dice David (salmo 8.5). L'essere, nato prima di ogni cosa, di molto superiore a Dio. Rimarrà per sempre l'esule che, tra l'uomo e Dio, non potendo che disperare sia dell'uno sia dell'altro, erra su una via crucis che non è di questo mondo, dove ambedue lo hanno abbandonato. Perché?
Tutto quello che sa viene dal suo essere esule. Tutto quello che non sa viene dal suo essere esule. Questa la sua condizione, la sua regola di vita. Egli si nutre esclusivamente di passioni morte. (Traduzione M.G.G.)

Comunita' Armena di Roma
 
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 PostPosted: Wed Aug 10, 2005 9:48 am    Post subject: Auch der Heimat fremd geworden Reply with quote Back to top

April 2005 | Le Monde Diplomatique Deutsche Ausgabe | Jean-Jacques Varoujan* | (deutsch von Grete Osterwald)

Auch der Heimat fremd geworden

MAN muss die Dinge mit anderen Augen sehen, empfiehlt Sophokles. Aber wie sollen wir das angesichts bestimmter Szenen machen? Ein paar Fotos - und schon überwältigt uns der Schmerz. Wenn ich mich darauf sehe, ein Kind von sieben oder acht Jahren vielleicht, verzweifle ich. Nie hätte ich gewollt, dass er stirbt, verschwindet, sich in Nichts auflöst, dieser kleine Junge in kurzen Hosen, der ich war. Nie werde ich akzeptieren können, dass der kleine Hund, der dort zu Füßen meiner Großmutter sitzt, hat sehen müssen, was er sah, ohne sich wehren und den Mördern seiner Herrin hinterherbellen zu können.

Niemals, sagt sich der Sohn des Exilanten, werde ich sehen, was ich nicht gesehen habe, was man mir genommen hat, was ich nur vom Hörensagen, vom Erzählen, vom Erinnern, vom Beweinen und vom Besingen kenne.

Wo ist das Vergehen? Wo der Grund des Übels? Wie jedes Jahr, wenn am 24. April die Menge demonstriert, hallt es aus den Straßen, Bäumen und Gräbern: Sie sind gestorben, damit wir leben! Und der Fotograf fügt hinzu: Damit wir nicht vergessen.

Aber könnten wir vergessen? Wie sollten wir Ereignisse vergessen, die ein ganzes Volk zwangen, seine Heimat zu verlassen? Und immer dieses Nicht-verstehen-Können, diese quälende Frage: Warum ich? Wo habe ich gefehlt? Was hätte ich nicht tun dürfen, was hätte ich tun müssen? Schweigen, mich verstellen, mich verleugnen? Und wenn die Genozide, die Massenexekutionen, die Verbannungen und die Massaker von 1915 in Ostanatolien ihre Ursachen in der unsäglichen Schönheit unserer so anders klingenden Sprache hätten, in der unantastbaren Schönheit unseres Landes, wo das Lächeln und das Lachen, das Tanzen, das Singen und das Beten seit je verwurzelt sind? Meine Sehnsucht nach Freiheit, sagt sich der Exilant, und dieser Wunsch, den eigenen Glauben zu leben, haben die Barbaren zu immer schlimmeren Taten getrieben, Tag für Tag, bis zur Ausrottung und Zerstörung all dessen, was nicht tadschikisch, rot oder arisch war, all dessen, was Zeugnis hätte ablegen können.

Nachdem sie die überwiegende Mehrheit der "Ungläubigen" ermordet oder in die Flucht getrieben hatten, haben die Besatzer - ob Türken, Deutsche oder Chinesen - den Überlebenden ihr natürliches Glück genommen, das Glück, Armenier, Juden, Tutsi oder Tibeter zu sein. Dieses Glück, diese unbefangene Freude, wird nie wieder vollständig zurückkommen, weil sie in dem neuen Land, wo sie jetzt sind, jemand anders geworden sind. Zweite Heimat, sagt man, zweites Vaterland, als hätte man zwei Väter.

Wo immer er ist, was er auch tut, was immer er mit eigenen Augen sieht, der Exilant blickt zurück - auf das vergangene Leben, auf die Zeit, bevor seine Welt zusammenbrach. Er zehrt von den Bildern, die er nicht vergessen kann, von den Fotos der Seinen, auch wenn diese Bilder, diese Fotos nur in seinem Kopf, seinem schlummernden Bewusstsein existieren.

"Kann man sein Vaterland an den Schuhsohlen mitnehmen?", rief der französische Revolutionsführer Danton aus, als Freunde ihm vorschlugen, freiwillig ins Exil zu gehen, um dem Tod zu entrinnen.

Ja, mein Herr, Bürger, Genosse - man nimmt etwas mit. Und was? Eine Wirklichkeit, die sich im Lauf der Zeit in Schein verwandelt. In ein Trugbild, einen Wahn. Und dann fängt man an zu erzählen, zu zeigen, was von dem Haus, der Kirche, der Straße übrig geblieben ist, um einem noch schlimmeren Tod zu entrinnen.

Sollen wir zu den Gebeinen unserer Väter sagen: Steht auf und folgt uns in ein fremdes Land?

Mehrere Römer sind dereinst lieber in den Tod als ins Exil gegangen? Mehrere Geächtete haben wie tot in der Verbannung gelebt. Mein Großvater Garabed hat nach seiner Ankunft in Frankreich nie wieder gesprochen, und fast nie habe ich ihn, genauer betrachtet, lächeln sehen. Immer in sich versunken. Immer gebeugt. Sein inneres Leitmotiv tagein, tagaus: Was habe ich hier zu suchen? Hier, wo ich in der ersten Zeit beim Lebensmittelhändler von Alforville "puut put put put!" machen musste, wenn ich ein Ei kaufen wollte.

Was bleibt (von unseren Lieben), wenn man fern der Heimat lebt, fern von den Seinen, die dort gestorben sind, dem alten Dorf, den Bergen, den Hühnern und Kaninchen? Das Gedächtnis. Auch wenn es nicht immer unbedingt das eigene ist. Nach einer Weile, das muss man wohl zugeben, besteht dieses Gedächtnis aus allen möglichen Berichten und Erzählungen, aus Geschichten, die man gehört, geträumt, erfunden, geschönt oder verdüstert hat, aus Legenden, vielleicht auch aus Hirngespinsten. Was bleibt, sind die Bilder. Ein paar Fotos, die zufällig gerettet worden sind, wieder gefunden in einem alten Koffer, der immer verschlossen in der Ecke gestanden hatte und eigentlich erst bei der Rückkehr in die Heimat wieder geöffnet werden sollte. Vor allem aber solche, die später aufgenommen wurden, im Exil, Fotos von Entwurzelten, manchmal Unbekannten, auch wenn auf der Rückseite ein Name steht - ein Name, der einem nichts sagt. Ein stummer Name.

Es bleibt das Auge, das weiter sucht, oft ohne sich an einer Wirklichkeit, die nicht die eigene ist, festmachen zu können - und das Lächeln, das man manchmal erkennt, wenn man hinsieht? Es gibt eine Trauer, die man nur lächelnd überlebt. Man weiß nicht mehr so genau - der Blick trübt sich beim Hinsehen -, man weiß nicht mehr so genau, was Sehen eigentlich bedeutet. Es ist nicht immer der Onkel, die Großmutter, ein Freund aus Kindertagen … Ihrer Identität beraubt, sind sie weder Mann noch Frau - also was dann? Vielleicht ein Wesen, das sich nicht ins Jenseits befördern lässt, auch nicht mit dem Krummsäbel?

Was bleibt (von unseren Lieben)? Nach dem Verlust jeglicher Zugehörigkeit zu einem anerkannten, eingetragenen, Identität stiftenden Gemeinwesen nähert man sich bestenfalls dem Reinzustand dessen, was Wesenhaftes in uns bleibt, bar aller Zierden, Zeichen und Merkmale, die uns unterscheidbar machen, so wie am ersten Tag, bevor wir etwas wussten, bevor wir den geltenden Regeln gehorchten, lernten, die Etiketten und Abstempelungen zu ertragen.

Aber die Jugend teilt diese Meinung nicht. Wenn der Mann im Exil seinen Kindern von dem "Heimatland" erzählt, erwidert ihm der Sohn: "Was ist das, unser Heimatland?" Und der Vater erstarrt, es verschlägt ihm den Atem. - "Wir sind hier doch nicht in Harput", setzt seine Tochter nach. - "Sei still, oder du bekommst eine hinter die Ohren." - "Aber ich, ich bin Französin!", protestiert eine kleine Armenierin in dem Film "Le Jardin de Khorkom" von Isabelle Ouzounian.

Für den Mann im Exil ist das die schlimmste Strafe, der schlimmste Aufschrei seiner Enkelin - wie ein Splitter, der sich ihm ins Fleisch bohrt, ein Tod ohne Verbrechen, ohne dass einem jemand den Todesstoß versetzte. Und doch ist es ein anderes Leben, das sich ankündigt. Die Geburt zu einem neuen Leben.

Eine Geburt, während in einem gequälten Herzen einFunken (welcher?) erlischt.

Was bleibt von dem Menschen, der man ist, wenn man sich in einem Flüchtlingslager, einer Notunterkunft wiederfindet? Oder in einer Stadt, einem Viertel, einer Straße, wo man keine Menschenseele kennt und kaum selber mehr eine zu haben scheint? Wo niemand die gleiche Sprache spricht, in einem unbewohnten Haus vielleicht, unter einem anders blauen Himmel - wo einzig die Vögel, die nichts wissen von den Unterschieden zwischen den Menschen, ihr Lied singen, und, so glaubt man, Nachrichten aus der Heimat verkünden.

Welches ist dieses Anderswo, das er mit hohlen Blicken aus scheuen, dunklen, blinden Augen sucht? Ein anklagender Spiegel? Die Bittschrift eines Opfers? Was er sucht, ist nicht nur seine Vergangenheit, sind nicht nur die Alten, die Gesichter und Worte der Ahnen, es sind auch und vor allem die Kinder, die damals nicht mit ihm gingen, die an Ort und Stelle exekutiert oder von der Meute entführt wurden, bevor die Koffer gepackt waren, die nicht identifizierbaren Leichen, die das Meer mit den Wellen zurücktrug oder die von den reißenden Fluten des Euphrat fortgespült wurden.

Alle Exilanten der Welt haben die gleichen inneren Bilder, Spiegelungen eines Landes, das einst ihre Heimat war. Fern von seinem Land, aus sich selbst vertrieben, ist der Mensch ein anderer. Fast nichts. Welche Zukunft hat er? Manchmal, nicht selten, findet er Bequemlichkeit, eine gute Stellung, flüchtige Vergnügungen, Verliebtheiten, aber seine Zukunft bleibt das "Einst und Damals", sein Reichtum das, was er verloren hat. Fremd in der Fremde, ist er auch der Heimat fremd geworden, wenn er denn als Tourist in sein Land zurückkehren darf. Und er empfindet sein ganzes Leben lang ein Schuldgefühl, das er sicher nicht verdient. Warum?, fragt er sich ohne Unterlass.

Die osmanischen Barbaren hassten die von ihnen unterworfenen Christen, weil diese ihnen durch ihr Schweigen, ihr heimliches Leben und auch durch ihr Lächeln ständig vor Augen führten, wer sie waren, Barbaren eben, und sie zwangen, ihr wahres Gesicht zu zeigen.

Ob Jude, Armenier, Grieche aus der Türkei oder Tibeter, keiner von ihnen kann auch nur einen Tag verbringen, ohne wenigstens flüchtig zu empfinden, wer er ist, ohne dass es ihm ins Auge springt, auch wenn er sich im Augenblick gar nicht ausdrücklich fragt, was es heißt, Armenier, Jude oder Tibeter zu sein. Als Heilmittel gegen die düstere Wirklichkeit reicht es ihm - und das ist Balsam für seine Seele -, sich jeden Tag, bis zu seinem Tode, in sein großes Buch zu vertiefen, wo es ihn noch gibt - auf den Fotos. Jeden Tag, um nicht zu sterben.

Es reicht ihm, sich an diesen oder jenen der Seinen zu erinnern, der mit einer Sprache, seiner Sprache, hingeschieden ist, die um ihn herum keiner verstand. Warum waren Tschechows letzte Worte: "Ich sterbe."? Wie sterben Menschen im Exil, hätte Tolstoi sich fragen können.

In den Gesichtern der Kinder, der Alten, der Frauen, die wie Vergessene sind, steht nicht nur der Wunsch, zu leben; es ist ihnen auch abzulesen, dass sie selbst das Leben sind. Denn vielleicht ist das Leben dort. Nicht nur das heutige, nicht nur so, wie wir es führen, sondern so, wie wir etwas einfältig an jeder Straßenecke sagen: So ist das Leben! Vielleicht liegen darin die tieferen Wurzeln des Glaubens, ohne dass man genau wüsste, an wen oder an was.

Diese Ewigkeit, diese Universalität des Lebens im Exil sind überall zu erkennen, manchmal auch in erstarrten konkreten Bildern. Eine Straße in Aleppo, die Rue Baron, wo die schreckliche telegrafische Anordnung des osmanischen Innenministers Talaat Pascha zur Ausrottung eines ganzen Volkes eintraf. In Karabach, wenn man die Alten beerdigt und sich ein letztes Mal über sie beugt. Welches Wasser trinkt das junge Mädchen in Eriwan aus den zum Becher geformten Händen? Zu welcher Seite blicken sie, die umschlungenen Frauen an der Grenze, von diesseits gekommen, jenseits geboren?

Das Wesen, es wird immer bleiben, uns im Herzen des Mysteriums festhalten. Der Mensch, "wenig niedriger als Gott", sagt David (Psalm 8,5). Sein Wesen, das vor allen Dingen war, ist sehr viel höher noch als Gott.

Der Exilant, er wird immer bleiben, er, der, zwischen Mensch und Gott, an beiden verzweifelnd, seinen Kreuzweg geht, der nicht von dieser Welt ist und auf dem beide ihn allein verlassen haben. Warum?

Alles, was er weiß, und alles, was er nicht weiß, kommt daher, dass er sich im Exil befindet. Das ist seine Lage, sie bestimmt ihn. Er zehrt allein von toten Leidenschaften.


* Jean-Jacques Varoujan (eigentlich: Jean-Jacques Ouzounian) starb am 2. April 2005 in Paris. Varoujan, 1927 als Kind von Armenien-Flüchtlingen in Marseille geboren, war Autor, Dramaturg und Essayist. Von ihm erschien u. a. "De quoi je? Tentative V", Edipol 2002; "A plus", L'Harmattan 2003.

Artikel hier

Le Monde diplomatique Nr. 7640 vom 15.4.2005
 
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