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050806|LaLiberté|Ankara reporte la visite de Joseph Deiss
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Ankara reporte la visite de Joseph Deiss prétextant un problème d’agenda


Diplomatie · Pour l’ambassadeur de Turquie, le report du voyage de Joseph Deiss à Ankara n’est pas lié à la Question arménienne. Même si des tensions existent à ce sujet.



François Nussbaum


Répondant hier à l’ATS, l’ambassadeur Alev Kiliç a dit comprendre qu’un lien soit établi entre le report de la visite que Joseph Deiss devait effectuer en septembre en Turquie et les poursuites judiciaires contre un ressortissant turc qui niait le «génocide arménien» de 1915. «Ces événements ont jeté une ombre sur les relations entre les deux pays», a-t-il admis.
Mais ils n’ont aucun rapport avec le report de la visite du ministre suisse de l’Economie à son homologue turc Kürsad Tüzmen. Une visite de travail dans le cadre de relations multiples et variées ne peut être remise en cause par un seul thème, a-t-il précisé. Il a répété qu’il s’agissait d’un problème d’agenda, espérant qu’une nouvelle date serait rapidement trouvée.
L’ajournement de la visite avait été notifié mardi par le Ministère des affaires étrangères à l’ambassadeur de Suisse à Ankara. Le Département fédéral de l’économie (DFE) ne s’est pas montré surpris: la possibilité d’un report avait déjà été évoquée en mai. Des tensions à l’époque avaient été suivies de l’annulation d’une visite de Kürsad Tüzmen en Suisse.


Négationnisme poursuivi
Ces tensions, elles, sont bien liées à la Question arménienne. Un enquête avait été ouverte en mai à Winterthour contre l’historien turc Yusuf Halacoglu, pour négation du «génocide arménien». Même procédure, pour les mêmes motifs, dans les cantons de Vaud et Zurich contre le dirigeant du petit parti d’extrême gauche Dogu Perincek.
Le Gouvernement turc s’est toujours montré extrêmement sensible à la thèse, qu’il réfute vivement, du génocide arménien. Si l’ajournement de la visite de Joseph Deiss était lié à ces événements, ce serait regrettable, dit le DFE, dans la mesure où la séparation des pouvoirs (politique et judiciaire) est un principe essentiel à la démocratie suisse.
On rappellera qu’en 2003, c’est une visite diplomatique de Micheline Calmy-Rey en Turquie qui avait été reportée de 18 mois. Le Grand Conseil vaudois venait de voter un postulat sur la reconnaissance du génocide arménien. I




L’amnésie nécessite encore un peu de temps


Pourquoi la Turquie se braque-t-elle si violemment lorsque les pays occidentaux lui demandent de reconnaître le génocide arménien? L’historien turc Taner Akcam l’explique par une «amnésie collective» entretenue depuis la création de l’Etat en 1923 sur les cendres de l’empire ottoman: plusieurs siècles d’histoire ont été officiellement effacés.
Les événements sont compliqués et le profane s’y perd. Mais les massacres d’Arméniens en 1915 ont bien eu lieu: au moins un million de victimes. Perpétrés par un régime ottoman en régression depuis près d’un siècle et entré en guerre aux côtés de l’Allemagne et de l’Autriche (contre la France et l’Angleterre) en pensant sauver l’empire. Selon Taner Akcam, l’échec de cette tentative a provoqué un désir de vengeance qui, au lieu de s’exercer sur les puissances occidentales, s’est retourné contre les Arméniens, comme par substitution. Après la guerre, le régime de Mustafa Kemal a imposé une occidentalisation du pays, construite sur la négation systématique du passé ottoman.

Mais pourquoi, aujourd’hui, ne pas mettre ces massacres sur le compte de l’empire, dont la Turquie a voulu si fortement tourner la page? Parce que, dans des moments aussi confus, les fronts sont multiples et se confondent parfois. Certains responsables se sont notamment retrouvés dans le gouvernement de Mustafa Kemal. Il y avait aussi la crainte de devoir restituer les biens des Arméniens survivants. Mais surtout, un pays qui se construit a généralement tendance à se réinventer un passé. On n’a pas voulu laisser aux générations qui ont suivi le soupçon que les héros de la nouvelle Turquie pouvaient aussi être des assassins. Ce souci est encore vivace.
Alpaslan Korkmaz travaille à la Promotion économique neuchâteloise. Né en Suisse mais d’origine turque, parfait bilingue, «biculturel» et féru d’histoire, il constate que personne de sensé, en Turquie, ne nie les massacres de 1915 et qu’une commission d’historiens ne va plus tarder à se mettre en place pour étudier cet épisode dramatique. Ce n’est plus qu’une question de temps, dit-il. «Il y a 15 ans, personne n’aurait imaginé qu’il y aurait un jour des émissions en kurde à la télévision, ni que les militaires seraient mis en marge de l’appareil décisionnel du pouvoir. Les choses évoluent très rapidement depuis deux ou trois ans, notamment avec la perspective d’une adhésion à l’UE».
Quant au «génocide», Alpaslan Korkmaz attend les conclusions futures des historiens. Lui-même s’est refusé à lire les idéologues turcs sur la question, préférant les études des spécialistes, notamment français, comme Gilles Veinstein, Robert Mantran ou Jean-Paul Roux. Trois auteurs qui, à son étonnement, réfutent non pas les massacres mais la thèse du génocide. FNU

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