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Perinçek: Revue de Presse
 

050725|24Heures|Ankara prend la défense des négationnistes
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Ankara prend la défense des négationnistes d’Ouchy

Nationalisme

En commémorant hier le Traité de Lausanne de 1923, des manifestants turcs ont qualifié de «mensonge» le génocide arménien.

Nicolas Verdan
Publié le 25 juillet 2005


[Photo] Dogu Perinçek, à la tête d’un cortège, hier à Ouchy, avec en arrière-plan, l’un des cars de sympathisants du Parti des travailleurs, en provenance d’Allemagne. / Patrick Martin


Les deux manifestations turque et kurde d'hier se sont déroulées sans heurts. Sur la place de la Riponne, près de 300 Kurdes ont dénoncé pacifiquement le Traité de Lausanne de 1923, fondateur de la République turque. A Ouchy, près de 2000 Turcs ont défilé dans le calme. Dogu Perinçek, le chef du Parti des travailleurs turc, s'est saisi de l'occasion pour fustiger l'Union européenne, les Etats-Unis et il a nié publiquement le génocide arménien. Contrevenant ainsi à la norme antiracisme helvétique, il a été entendu par la justice. Ankara a protesté en considérant cet interrogatoire comme «inacceptable».

Enroulés dans le drapeau turc, brandissant le portrait d'Atatürk, près de 2000 manifestants (3000 selon les organisateurs) ont scandé hier à Ouchy leur foi dans l'Etat turc. Sous haute mais discrète surveillance policière, la foule de manifestants était loin de rassembler l'ensemble de la communauté turque de Lausanne et même de Suisse romande. Venus de Turquie, d'Allemagne, de Grande-Bretagne, de nombreux sympathisants du Parti des travailleurs (IP) turc sont venus encourager la fibre nationaliste des quelques immigrés turcs de Suisse.

D'apparence bon enfant, cette commémoration du traité fondateur de la Turquie moderne ressemblait plutôt à un meeting politique. Où l'on a pu entendre la voix de cette Turquie qui dit «non à l'Europe», qui rejette les Etats-Unis et qui nie le génocide arménien (voir encadré) . Craignant par-dessus tout que l'ouverture de leur pays au monde ne signifie la destruction de leur Etat fondé par Atatürk, plusieurs orateurs de renom y sont allés de leur rengaine nationaliste.

Salué comme un chef d'Etat qu'il n'a jamais été, si ce n'est aux yeux d'Ankara, le vieux dirigeant de l'autoproclamée République turque de Chypre du Nord, Rauf Denktash, a fait le voyage de Lausanne. Pour y affirmer en substance que l'Union européenne invite la Turquie en son sein pour la réduire à la portion congrue de son territoire, tel que l'avait prévu un traité signé en 1920 à Sèvres.

Pour Dogu Perinçek, «la Suisse et l'Europe ne doivent pas toucher le territoire turc». «La Turquie respecte ses minorités, martèle le dirigeant du IP, elle donne même la possibilité à un Kurde d'être président.» Marchant en tête d'un cortège aux couleurs rouge et blanc, le politicien a multiplié les harangues nationalistes, quitte à nier en toute bonne conscience le massacre par les Jeunes Turcs de plus d'un million d'Arméniens pendant la Première Guerre mondiale.

Venu en observateur, un journaliste turc déplore ces discours «extrémistes, si peu représentatifs des valeurs dominantes turques». Et de préciser que Dogu Perinçek dispose d'une «faible représentation en Turquie». Pour avoir discuté avec des manifestants lausannois, ce journaliste a «l'impression qu'ils ne savent pas vraiment qui sont les organisateurs de cette commémoration». Un avis correspondant à plusieurs témoignages recueillis sur place. Bon nombre de personnes disant «être venues faire la fête nationale à Ouchy, un point c'est tout».

Un peu en retrait, quelques Turcs de Lausanne prennent leurs distances d'avec cette manifestation dont ils regrettent le tort qu'elle fait à la bonne harmonie entre Kurdes et Turcs dans la région. Parmi les porteurs de drapeaux turcs, cependant, on trouve aussi des Kurdes et d'autres représentants des minorités turques, tous convaincus de la «menace impérialiste» contre la Turquie sous influence de Bruxelles et de Washington.

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