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Turquie-EU: Revue de Presse
 

051001|Figaro| L'indispensable reconnaissance
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La lancinante question du génocide arménien de 1915
L'indispensable reconnaissance


PAR JEAN GURÉGHIAN *




Cette année, on a commémoré dans le monde, le 90e anniversaire du génocide arménien de 1915. Le débat sur l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne crée des conditions favorables pour exercer des pressions et lui faire reconnaître ce génocide qu'elle nie jusqu'à ce jour. Les responsables politiques français, toutes tendances confondues, se sont exprimés dans ce sens. Jacques Chirac l'a dit aussi et sa présence le 22 avril devant la statue de Komitas, le monument dédié au génocide à Paris, fut un temps fort. Mais la partie n'est pas gagnée.


Toutefois, il ne faudrait pas que la reconnaissance du génocide devienne un but final et une fin en soi.


Certains estiment que les réparations qui découleraient d'une reconnaissance, ne devraient être que symboliques. On a d'ailleurs récemment entendu, à ce sujet, des propos contradictoires. Par exemple : «se contenter symboliquement d'une moitié du mont Ararat en guise de réparations territoriales». Ou encore : «des réparations morales suffiraient». D'autres disent que l'Arménie occidentale étant trop grande, il faudrait cesser de revendiquer des territoires, etc.


Il est vrai que les dirigeants de la République d'Arménie ont des contraintes géopolitiques et ne peuvent s'exprimer librement sur ce sujet, ce qui n'est pas le cas de la diaspora. D'ailleurs, les descendants directs des rescapés du génocide – qui forment la diaspora actuelle – sont pour la plupart originaires d'Arménie occidentale (turque). C'est dans une continuité logique que les réparations, y compris territoriales, dues au peuple arménien sont indissociables de la recon naissance.


Il y a avant tout le côté juridique : les dirigeants ottomans ont voulu mettre fin à la question arménienne et à la prévisible indépendance de l'Arménie en anéantissant le peuple arménien. Néanmoins la question arménienne existe toujours. Tout crime mérite sanction et le crime de génocide – crime absolu et imprescriptible – mérite d'autant plus d'être sanctionné. Par conséquent, par devoir de justice, les héritiers actuels de l'Empire ottoman devront répondre, tôt ou tard, du crime commis à l'encontre du peuple arménien et réparer.


Mais il y a aussi le côté humain, qui est aussi très important : la réconciliation entre Turcs et Arméniens est une chose possible et souhaitable. C'était émouvant et troublant, lorsque le 24 avril, à Alfortville, devant le monument dédié au génocide de 1915, le Turc Ali Ertem éclata en sanglots au milieu de son discours et lorsque le Turc Ragip Zarakolu, intervenant après lui, déclara qu'il serait fier de mourir si c'était pour la cause arménienne. C'est vrai qu'ils sont très peu nombreux ces femmes et ces hommes turcs qui ont adopté de telles positions, mais leur nombre augmente. Ces gens sont des héros et ils incarnent la conscience d'un peuple qui doit maintenant savoir ce qui est réellement arrivé aux Arméniens entre 1894 et 1922.


Ce n'est qu'après avoir reconnu et réparé le génocide de 1915, en restituant en même temps une partie des territoires historiquement arméniens, que la Turquie pourra effacer cette page noire de son histoire et cicatriser la plaie béante qu'elle entretient artificiellement depuis 90 ans. Les deux peuples pourront enfin se réconcilier et vivre en bonne entente, comme ils l'avaient fait durant des siècles.


Il est évident que les Turcs (les «génocideurs»), comme les Arméniens (les «génocidés»), ont besoin, autant l'un que l'autre, consciemment ou inconsciemment, de la reconnaissance du génocide par la Turquie.

* Architecte, rédacteur en chef de la lettre du parti démocrate libéral arménien (ADL), auteur du livre LeGolgotha del'Arménie mineure- Le destin de mon père (L'Harmattan).

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