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Des lois mémorielles et de Dogu Perinçek

 
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 PostPosted: Sat Mar 10, 2007 9:06 pm    Post subject: Des lois mémorielles et de Dogu Perinçek Reply with quote Back to top

Des lois mémorielles et de Dogu Perinçek

Beaucoup se demandent quel est le sens des lois dites mémorielles, et si elles ont une quelconque utilité. Les victimes mêmes des crimes de génocide et leurs descendants se posent aussi ces questions. En fait, toute l'Europe se pose ces questions, car toute l'Europe est confrontée, chaque jour plus aggressivement, à des mouvements extrémistes qui avancent, entre chiens et loups, sous couvert d'un "nationalisme bien légitime". [1]

Liberté d'expression n'est pas liberté d'assassiner, fût-ce avec des mots.

Les lois mémorielles n'empêchent pas le débat d'historiens dans le cadre de recherches. Mais soutenir en public, et non dans un amphithéâtre d'université, la théorie du complot contre la Turquie - complot forcément ourdi par les Arméniens d'après Dogu Perinçek puis qu'il passe par la reconnaissance de leur génocide - c'est stigmatiser un peuple tout entier et répandre donc une idéologie raciste. Nous sommes loin du "débat" d'entre historiens.

Bien sûr, il serait plus simple et plus satisfaisant de pouvoir vivre sans ces lois. L'évidence du crime devrait suffire à ridiculiser les défenseurs des thèses négationnistes, la pression de la société civile devrait suffire à empêcher la propagation de tels discours.

Malheureusement, le savoir et le courage manquent trop souvent à ceux qui sont confrontés à de telles dérives. Si chacun en Suisse a étudié à l'école la Shoa, si chacun a entendu au moins un documentaire sur les crimes des SS, ou vu un film comme La vita è bella, ou lu Primo Levi, trop peu de monde encore connaît l'étendue, la minutie, l'immonde exécution planifiée du génocide des Arméniens. Et si le hasard met face à face un citoyen averti avec une foule vociférante drapée d'oriflammes et hurlant son fiel négationniste, comment lui en vouloir de préférer passer son chemin plutôt que de risquer le lynchage animal ?

Et puis le négationnisme ne se limite pas à un discours ridiculement biaisé que l'on pourrait balayer d'un revers de la main, il s'agit d'un crime bien plus pervers qui transforme systématiquement les victimes en bourreaux en inversant le poids de la responsabilité. Le négationnisme parachève le crime car il fait partie intégrante du projet génocidaire.

Cette dernière notion est difficile à appréhender pour toute personne qui n'est pas directement ou indirectement victime d'un génocide. Par contre, pour celui qui n'a pour vénérer la mémoire de ses parents ni tombe ni autel, pour celui qui souvent n'a même plus les noms de ses ancêtres, lui retirer le droit de mémoire en niant la vérité du crime, c'est l'assassiner à nouveau, encore et encore, à chaque mot du déni.

Condamner Dogu Perinçek, c'est selon certains renforcer les fronts et empêcher la Turquie d'avancer sur la voie de la démocratie.

Il y a plus de 90 ans que la Turquie n'avance que très sobrement sur la voie de la démocratie, et si le rythme c'est accéléré ces dernières années, c'est bien parce que l'Europe toute entière lui a fixé des étapes à franchir rapidement au risque sinon d'être mise au ban des nations. Il suffit de lire les rapports européens pour constater que les lois discriminantes à l'encontre des chrétiens ne se résorbent que très lentement. Quand un état n'est pas capable de protéger la vie d'un prix Nobel de littérature, peut-il prétendre au titre de démocratie ? Et qui peut croire que les autorités au pouvoir d'une telle pseudo-démocratie seraient capables, ou même désireuses, de changements qui pourraient affaiblir leur pouvoir de vie et mort pour le simple plaisir du geste humaniste ? Quand on naît criminel, on est criminel.

Rétorquer que les (trop petits) cercles démocratiques en Turquie dénoncent eux-aussi le verdict, c'est oublier que quiconque affirmerait publiquement en Turquie approuver la reconnaissance du génocide des Arméniens risque tout simplement la peine de mort - les rues sont si peu sûres de nos temps à Istambul - pour "trahison" de la "patrie".

Certains reprocheront aux Arméniens de ne savoir souffrir en silence, dans l'ombre de leurs églises. Certains reprocheront aux Arméniens de transposer en Suisse un combat qui devrait être livré en Turquie. C'est oublier que c'est M. Dogu Perinçek lui-même qui est venu en Suisse de son plein gré pour défier une loi qui a été désirée et acceptée par la majorité du peuple suisse.

Accorder à M. Dogu Perinçek le droit de répandre en Suisse les thèses négationnistes officielles turques, c'est bafouer le droit établi par le peuple suisse, c'est renier le courage des Suisses à défendre des causes nobles, c'est accepter que le venin se répande dans notre pays pour enrager une jeunesse turque parfois mal intégrée et surtout mal informée.

Donner tribune libre à Dogu Perinçek, c'est allumer des feux dans chaque ville de Suisse pour armer une cohorte de futurs assassins, qui tel le meurtrier de Hrant Dink, croiront servir la cause de leur patrie d'origine alors qu'ils ne feront qu'étendre la tache couleur sang qui marque son l'histoire, de l'Empire ottoman du sultan rouge, à la folie génocidaire du parti Jeunes-turcs, jusqu'à la Turquie actuelle.

Le juge l'a clairement affirmé, M. Dogu Perinçek est un raciste. Son discours négationniste suffit à le qualifier de tel. Mais cela ne suffisait pas à M. Perinçek pour étancher sa haine. Il a alors aiguisé la perversité du racisme en se déclarant membre directeur du Mouvement Talat Pacha, et il a organisé ses conférences sous la patronage d'une organisation nommée Jeune-turcs 2007.

Imaginez un seul instant un prétendu historien qui viendrait nous dire que la Shoa n'est pas un génocide car des juifs ont rejoint la résistance en France, qu'il s'agit donc de massacres réciproques, et que de toute façon c'était la guerre (a-t-on jamais vu un génocide en temps de paix ?). Pour couronner son discours, cet éminent historien, membre du Mouvement Adolf Hitler, organiserait sa conférence sous l'égide des Jeunes Allemands SS, et il nous expliquerait avec un sourire charmant qu'il a lui-même de très bons amis juifs. Auriez-vous eu alors, ne fût-ce qu'une seconde, l'idée que cet homme n'est pas raciste et qu'il est bon qu'il puisse transmettre à nos enfants la richesse de son enseignement ?

g-waw Star wars Spirit of Havanna


[1]Faut-il rappeler que le négationnisme est organisé en Turquie au plus haut niveau de l'État ? À la question du juge "Qui vous a invité à témoigner en faveur de M. Perinçek ?" Jean-Michel Thibaux a répondu "Le ministère turc des affaires étrangères". En outre, une délégation consulaire de plusieurs personnes était présente à l'audition.
 
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