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[Cinema] Le Mas des Alouettes des frères Taviani

 
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 PostPosted: Fri Jun 01, 2007 7:19 pm    Post subject: [Cinema] Le Mas des Alouettes des frères Taviani Reply with quote Back to top

Le Mas des Alouettes

De Paolo Taviani, Vittorio Taviani
avec Paz Vega, Moritz Bleibtreu, André Dussollier


Le Mas des Alouettes se déroule en 1915, pendant la Première Guerre Mondiale, et raconte l’histoire d’une famille arménienne en Anatolie, dévastée et dispersée à la suite du massacre perpétré par le mouvement des « Jeunes Turcs ».

La bande annonce du film

4 extraits du film sur allocine.fr - Extrait 1 - Extrait 2 - Extrait 3 - Extrait 4

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Maintenant dans les salles ! Courrez-y !

Lausanne & Env.
Capitole (Lausanne), Lausanne | jeudi 31 mai 2007 au mardi 12 juin 2007
Tous les jours: 16h30 vo st, 20h45 vo st

Canton de Genève
Les Scala, Genève | mercredi 30 mai 2007 au mardi 5 juin 2007
Tous les jours: 14h30 vo, 21h15 vo
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 PostPosted: Fri Jun 01, 2007 7:36 pm    Post subject: La Repubblica|A la recherche du "Mas des alouettes" Reply with quote Back to top

30 mai 2007 | La Repubblica | Giampaolo Visetti

"La Turquie moderne est née de l'anéantissement des Arméniens"

Info Collectif VAN - www.collectifvan.org – Le Mas des alouettes, le nouveau film des frères Taviani qui est sorti en salles hier, mercredi 30 mai, raconte l'histoire d'une famille arménienne au moment du génocide de 1915 qui s'est déroulé dans l'actuelle Turquie. Giampaolo Visetti, journaliste de La Repubblica, s'est rendu sur les lieux de l'histoire, à Kharpout, dans le sud-est de l'Anatolie. Un article édifiant de La Repubblica repris dans le Courrier International:


CINÉMA • A la recherche du "Mas des alouettes"

Le nouveau film des frères Taviani qui sort en salles aujourd'hui [le 30 mai 2007] raconte l'histoire d'une famille arménienne au moment du génocide de 1915. Un journaliste de La Repubblica s'est rendu sur les lieux de
l'histoire, à Kharpout, dans le sud-est de l'Anatolie.

De Kharpout (Turquie) - Le mas des Alouettes n'existe plus. A la place de la maison des Avakian [la famille arménienne dont il est question dans le film] fleurissent maintenant les amandiers, qui étendent leur ombre sur le cimetière syrien. Un chemin poussiéreux, l'Aslanli Sokak, mène aux vestiges des anciennes tanneries, au pied de la forteresse préchrétienne du VIIIe siècle.

Ce sont les quartiers arméniens de Kharpout. Des couples d'amoureux s'y promènent, persuadés de s'embrasser au milieu des ruines du palais d'Osman Yavuz Selim, père de Soliman le Magnifique. En fait, ils pénètrent au cœur du Metz Yeghern, le "Grand Mal" : le génocide arménien. Le livre d'Antonia Arslan, dont les frères Taviani ont tiré leur film, est né là, voici quatre-vingt-douze ans. Les gens le feuillettent, étonnés. Il ne croient pas à cette histoire : le 24 avril 1915, 12 000 habitants ont été contraints de quitter leurs maisons, aujourd'hui rasées, de Kharpout. Seuls 213 spectres sont parvenus à Alep, en Syrie. En deux ans, le génocide a fait près de 1
million et demi de victimes en Anatolie.

"Pourquoi êtes-vous ici ?", demande Zarha. Le jour où elle a su comment sa mère avait été tuée, elle est devenue folle. Les soldats turcs savaient que sa mère était enceinte. Garçon ou fille ? Ils l'avaient éventrée comme un mouton et avaient arraché à la baïonnette l'enfant, qui aurait dû être son frère.

Personne ici ne se réunira pour commémorer le début de la "grande rafle". Le nettoyage ethnico-religieux entrepris par les jeunes Turcs, terrorisés face à la déliquescence de l'Empire ottoman et à l'offensive des Russes au début de la Première Guerre mondiale, a été couronné de succès. Turcs, Grecs, Kurdes, Arméniens, Juifs, Syriaques, Arabes et Tcherkesses vivaient ensemble depuis des siècles en Anatolie. Un sur trois n'était pas musulman. Aujourd'hui, dans l'ensemble de la Turquie, il ne reste que 60 000 Arméniens à Istanbul, plus quelques centaines qui se cachent dans les villages. A Kharpout, carrefour des déportations entre la mer Noire et la
Méditerranée, il n'y en a plus un seul.

Plus encore que cette absence, c'est le refoulement collectif qui impressionne. Rien ne signale les lieux du massacre. Trouver une famille arménienne demande des jours d'enquête et des rendez-vous auxquels personne ne se présente. Les rencontres ont lieu parmi la foule anonyme des bazars. Le soupçon pèse lourdement sur les entretiens, car une phrase imprudente peut coûter la vie à celui qui parle ou se transformer en un chef d'inculpation.

On ne raisonne pas sur le passé, mais on n'en finit pas de raconter les attentats nationalistes et fondamentalistes. Les assassinats du père Santoro (en février 2006) et de Hrant Dink, le directeur de l'hebdomadaire Agos (en janvier 2007), ont marqué une rupture sur la voie de la réconciliation. L'attentat cruel contre une maison d'édition presbytérienne de Malatya (en avril 2007) – ainsi que les missionnaires qui ont été torturés, étranglés, chevilles et poignet liés et la corde au cou, égorgés "pour Dieu et pour la patrie" – confirme qu'une nouvelle période de chasse aux sorcières s'est ouverte.

En Anatolie, il n'est pas difficile de trouver une poignée de jeunes gens prêts à massacrer ceux qui se battent pour le rapprochement entre les Turcs et les Arméniens, ou entre les musulmans et les chrétiens. Ceux qui n'ont pas émigré en Europe ou aux Etats-Unis savent que rester en Turquie signifie vivre caché et payer le prix de son invisibilité.

"La Turquie moderne", disent les amis de Dink, "est née de l'anéantissement des Arméniens. Le reconnaître impliquerait la reconstruction d'une identité nationale complexe. Le développement d'une culture de paix, garantie par un Etat laïc, doit rendre à tous leur honneur. A ce moment-là seulement les Turcs et les Arméniens marcheront la tête haute face à l'humanité."

Antonia Arslan n'a jamais vu le village d'où elle est originaire. Et Paolo et Vittorio Taviani ont dû tourner Le Mas des alouettes en Bulgarie. Le gouvernement turc a tout fait pour empêcher qu'il soit financé par des fonds européens. En Turquie, le livre d'Antonia Arslan n'a jamais été publié, et le film ne sera pas projeté en salles.

Giampaolo Visetti
© La Repubblica, © Courrier International


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 PostPosted: Fri Jun 01, 2007 7:50 pm    Post subject: TdG|L’Histoire revisitée dans «Le Mas des alouettes» Reply with quote Back to top

31 mai 2007 | Tribune de Genève

Les frères Taviani évoquent l'horreur du génocide arménien

DRAME | L’Histoire revisitée dans «Le Mas des alouettes»


A l’heure où se poursuit le débat sur l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne, les frères Taviani aimeraient pousser le pays à la reconnaissance publique du génocide arménien. Ils en évoquent ainsi l’horreur dans Le mas des alouettes.

En 1915, le mouvement des «jeunes Turcs», parti nationaliste et révolutionnaire réformateur, planifie la déportation et l’extermination de quelque 1,5 million d’Arméniens au nom de la «Grande Turquie». Au centre de la tourmente les Avakian, une famille aisée et généreuse, qui semble inconsciente de la tempête prête à s’abattre sur elle. C’est donc à travers son destin tragique que les Taviani relisent l’une des pages les plus noires de notre temps. Né d’un sentiment de culpabilité de ses auteurs, le film s’inspire librement du roman éponyme d’Antonia Arslan. Entre autobiographie et document, cette Italienne d’origine arménienne raconte le massacre des siens.

Partir du particulier pour évoquer le général peut donner de grandes œuvres. Mais les deux cinéastes, qui se sont souvent posés en observateurs talentueux et critiques de la société italienne, décrochant même une palme d’or à Cannes en 1977 avec Padre Pardone, passent ici malheureusement à côté. Sur le fond d’abord, dans leur absence de mise en perspective des enjeux historico-politiques du carnage, en omettant d’en expliquer l’origine. Dans la la forme ensuite, en proposant une réalisation trop léchée et académique. Avec aussi un recours exagéré au pathos, l’atrocité authentiquement déchirante de certaines scènes suffisant
largement à bouleverser le spectateur.

Reste toutefois l’aspect le plus remarquable de l’entreprise des Taviani, celui d’avoir fait leur devoir de mémoire en osant s’attaquer à un sujet oublié par le cinéma. Tandis que le peuple arménien attend toujours, plus de 90 ans après, que justice lui soit rendue.
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«Le mas des Alouettes». Drame des frères Taviani avec Paz Vega, Moritz Bleibtreu, Alessandro Preziosi, Angela Molina, Tchéky Karyo, André Dussolier, Arsinée Khanjian. Durée: 1h58.

© Tribune de Genève 2007
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 PostPosted: Fri Jun 01, 2007 8:48 pm    Post subject: Le Figaro|«Le Mas des alouettes» L’Arménie marty Reply with quote Back to top

30 mai 2007 | Le Figaro | Brigitte Baudin

L’Arménie martyrisée

Palme d'or à Cannes en 1977 pour « Padre Padrone », les réalisateurs de « Good Morning Babylon » s'interrogent sur le génocide arménien.

Le Mas des Alouettes Drame de Paolo et Vittorio Taviani. Avec Arsinee Khanjian, Tchéky Karyo, André Dussollier, Angela Molina, Paz Vega. Durée : 1 h 58.

APRÈS AVOIR transposé Goethe dans leur Toscane natale (Les Affinités électives), réalisé une variation pirandellienne sur la violence (Kaos II), Paolo et Vittorio Taviani, les duettistes du cinéma italien, adaptent cette fois librement Il était une fois en Arménie (Éditions Robert Laffont), le roman autobiographique de Antonia Arslan sur sa famille d'origine armé­nienne, massacrée par les Turcs.

1915. Le patriarche de la riche famille Avakian vient de mourir. Tous les amis d'Aram (Tchéky Karyo), le fils cadet, et de sa femme Armineh (Arsinee Khanjian) défilent devant la dépouille mortelle du vieux notable. Le colonel Arkan (André Dussollier), représentant les autorités turques, vient aussi lui rendre hommage. La guerre et les persécutions perpétrées contre la communauté arménienne semblent bien loin. Nunik (Paz Vega) poursuit aussi une relation secrète avec Egon (Alessandro Preziosi), un militaire turc. Quelques jours plus tard pourtant, tout bascule. Alors que la famille Avakian prépare l'arrivée d'Assadour (Mariano Rigillo), le frère aîné d'Aram, au mas des Alouettes dont il a hérité, des ­militaires turcs débarquent et tuent tous les hommes et enfants de sexe masculin. Les femmes, quant à elles, sont déportées via Alep en Syrie, avant d'être éliminées à leur tour.

Paolo et Vittorio Taviani n'ont cependant pas voulu réaliser un documentaire, mais une fresque romanesque puisant ses racines dans l'histoire.

« Nous avons découvert l'ampleur et l'horreur de la tragédie arménienne il y a trois-quatre ans en lisant le livre d'Antonia ­Arslan, explique Paolo Taviani. Nous nous sentions d'autant plus coupables de l'avoir ignoré que j'ai eu à mon service, à Rome, Mélanie, une domestique d'origine arménienne. Une femme d'une autre époque qui avait perdu toute sa famille. C'était une rescapée du génocide. Lorsqu'elle nous racontait son drame personnel nous ne la croyions pas. Elle nous décrivait l'horreur. C'était insoutenable. Nous pensions alors qu'elle affabulait. C'est seulement lorsque nous avons préparé ce film, vu des documents, lu des témoignages, que nous avons réalisé qu'elle disait la vérité. Nous avons surtout été conscients, Vittorio et moi, d'apporter notre modeste pierre à l'édifice, à la cause arménienne qui attend toujours que justice soit ­faite. Ce film a été aussi pour nous la possibilité de traiter d'une tragédie contemporaine à l'instar du génocide en ex-Yougoslavie et en ­Afrique. »

« Nous sommes partis de l'intrigue du livre mais très vite nous avons bifurqué vers la fantaisie précise Paolo Taviani. Nous avons changé les noms et inventé certains personnages. Nunik est aussi devenue le pivot de l'his­toire : une adolescente qui devient une femme responsable, protectrice qui se sacrifie pour sa famille. Elle vit aussi une belle histoire d'amour impossible, du fait des circonstances, avec Youssouf (Moritz Bleibtreu), un soldat turc, gardien du camp dans lequel elle est retenue prisonnière avec les autres déportées arméniennes. » Les frères Taviani ont renoué aussi avec la grande tradition du cinéma italien en faisant appel à des acteurs français, européens, canadiens d'envergure comme : Tchéky Karyo, Paz Vega, Angela Molina, Moritz Bleibtreu et ­Arsinee Khanjian d'origine arménienne et la femme du réalisateur Atom Egoyan.
_________

CRITIQUE. Paolo et Vittorio Taviani, les réalisateurs italiens de Padre Padrone et Good Morning Babylon, ont découvert l’histoire du génocide arménien il y a trois ans. Frappés par l’horreur et l’ampleur de la tragédie, ils ont donc décidé d’adapter librement LaMassaria Delle Allodole, un roman autobiographique d’Antonia Arslan. « Le film est né d’un sentiment de culpabilité, avouent-ils. Nous avons découvert le livre d’Antonia racontant, avec la force du document, le drame vécu par sa famille. C’est arrivé il y a presque un siècle, mais les Arméniens n’ont toujours pas réussi à obtenir justice et réparation. La Turquie, de son côté, nie le génocide arménien.» Les frères Taviani ont donc voulu rendre hommages à leur tour aux victimes du génocide. Ils ont choisi de suivre le destin de Nunik (Paz Vega) une jeune femme prise dans la tourmente de l’histoire, amoureuse d’un Turc, qui assiste impuissante au massacre de sa famille et périt à son tour. Une fresque romanesque et réaliste, formidablement interprétée par une pléiade de bons acteurs, parmi lesquels Tchéky Karyo.



© Le Figaro 2007
 
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 PostPosted: Mon Jun 11, 2007 11:33 am    Post subject: Le Temps|Le génocide des Arméniens revisité Reply with quote Back to top

6 juin 2007 | Le Temps | Norbert Creutz

Le génocide des Arméniens revisité

Les frères Taviani se rappellent à notre bon souvenir avec «Le Mas des alouettes».



n croyait Paolo et Vittorio Taviani perdus pour le cinéma, les voici qui ressurgissent, septuagénaires, avec un film inattendu: avant tout un acte politique, loin de leurs récentes préoccupations littéraires (Pirandello, Tolstoï, Goethe, Dumas). Le Mas des alouettes est en effet le premier film à s'attaquer frontalement au génocide des Arméniens de 1915-1918. Un fait historique aux répercussions toujours actuelles, comme le prouve la prudente présentation du film hors compétition lors du dernier Festival de Berlin (comme pour le plus subtil Ararat d'Atom Egoyan à Cannes en 2002), afin d'éviter l'incident diplomatique avec une Turquie restée très chatouilleuse sur la question.

Le geste est d'autant plus remarquable qu'il est le fait de non-Arméniens. Un désir d'approfondir leur connaissance de ce génocide fondateur du XXe siècle a poussé les frères toscans à porter à l'écran le roman d'Antonia Arslan La Masseria delle allodole (2004, traduit sous le titre de Il était une fois en Arménie chez Robert Laffont). Un livre où cette Italo-Arménienne relate l'histoire tragique de sa famille tandis que son grand-père, déjà émigré en Italie, tentait de leur venir en aide. Les Taviani ont retravaillé la structure, changé les noms, ignoré les mises en garde turques et fini par tourner en Bulgarie, avec des acteurs européens venus de tous horizons. D'où un film un peu bancal, au style reconnaissable entre mille, mais qui, il faut bien l'avouer, flirte aussi avec l'«europudding» et la mini-série TV de luxe telle que les Taviani l'ont pratiquée récemment (Résurrection, La San Felice).

Le film s'ouvre sur une séquence de toute beauté qui voit le petit Avetis recueillir le dernier souffle du patriarche de la maisonnée Avakian. Les funérailles révèlent ensuite les protagonistes du drame et les tensions qui couvent dans ce coin reculé de l'Anatolie. Les parents Aram (Tchéky Karyo) et Armineh (Arsinée Khanjian) cultivent de bons rapports avec les Turcs, aussi bien le colonel Arkan (André Dussollier) que le mendiant Nazim (Mohammed Bakri). Pendant ce temps, leur aînée Nunik (Paz Vega) est amoureuse du jeune officier turc Egon (Alessandro Preziosi), ce qui n'a pas échappé à la nounou grecque Ismene (Angela Molina), qui désapprouve.

Lorsque toute la famille se prépare à recevoir Assadour, le frère aîné parti à 14 ans et devenu médecin en Italie, la menace se précise: le parti au pouvoir des Jeunes Turcs a décidé l'élimination systématique des Arméniens, traîtres potentiels dans la guerre contre la Russie. Avertis, les Avakian ont beau convier toutes leurs connaissances à se réfugier au Mas des alouettes, leur belle maison de campagne, ils ne réchapperont pas à cette folie meurtrière: les hommes d'abord, les femmes et les enfants, déportés vers Alep et la Syrie, ensuite. A moins que l'argent d'Assadour et les efforts conjugués de Nazim et d'Ismene ne parviennent à sauver au moins les dernières survivantes? Jusqu'à la tuerie au Mas des alouettes, évoquée sans aucune complaisance, on retrouve avec joie la stylisation expressive des frères Taviani, certes en deçà des sommets d'Allonsanfan, de La Nuit de San Lorenzo ou de Kaos, mais qui se détache encore largement du tout-venant. Les acteurs sont parfaitement choisis, et même le choix de doubler tout ce beau monde en italien passe bien, comme autrefois chez Visconti ou Fellini.

Le film convainc moins par la suite, lorsque le récit se scinde entre la terrible marche à l'extermination des prisonnières, les efforts frustrants de l'oncle de Padoue et l'évocation d'une improbable confrérie des mendiants. Partagé entre émotion et déception, on regrette qu'une tournure en forme de film d'aventures étouffe l'inspiration poétique des Taviani. D'autre part, aussi valable que soit l'accompagnement musical de Giuliano Taviani (fils de Vittorio), force est de reconnaître qu'elle ne fera pas oublier leur collaboration historique avec Nicola Piovani.

Heureusement, l'introduction tardive d'un dernier personnage clé, le soldat turc Youssouf (Moritz Bleibtreu), leur permet au moins de conclure sur une note fortement polémique. Soucieux de ne pas dépeindre tous les Turcs comme des monstres sanguinaires, les Taviani montrent au contraire des hommes tiraillés, mais incapables de s'opposer au pouvoir des fanatiques. L'inclusion des fameuses photos du témoin allemand Armin T. Wegner vise quant à elle à lever tout doute sur la réalité de l'événement, qui coûta la vie à un million et demi d'Arméniens, tandis que l'évocation finale des procès de 1919 renvoie l'Etat turc à cette grande occasion manquée de ne pas s'enferrer dans le négationnisme.

«Nous sommes convaincus qu'il est nécessaire pour la République turque de rejoindre l'Union européenne, écrivent Paolo et Vittorio Taviani dans le dossier de presse, mais nous pensons aussi qu'elle doit d'abord reconnaître publiquement la vérité historique de la tragédie arménienne, de la même manière que l'Allemagne et l'Italie ont assumé leur passé criminel.» De quoi remettre l'église au milieu du village, même si l'actuelle question kurde, qui complique singulièrement ce mea culpa, n'est pas évoquée.

Ce Mas des alouettes est aux Taviani ce que Le Jardin des Finzi Contini fut pour Vittorio de Sica: un (avant-) dernier sursaut, empreint d'une belle conscience historique. Même un peu daté et émoussé dans sa forme, c'est avec plaisir que l'on retrouve ce cinéma d'une profonde rigueur morale et esthétique – n'en déplaise à une critique française typiquement maussade et à un marché évidemment peu emballé.


Le Mas des alouettes (La Masseria delle allodole), de Paolo et Vittorio Taviani (Italie/France/Bulgarie/Espagne 2007), avec Paz Vega, Moritz Bleibtreu, Alessandro Preziosi, Angela Molina, André Dussollier, Tcheky Karyo, Arsinée Khanjian, Mohammed Bakri.



© Le Temps 2007 Article original
 
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