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LeMonde|Une enfance interdite au temps du génocide

 
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 PostPosted: Tue Jul 22, 2008 8:11 am    Post subject: LeMonde|Une enfance interdite au temps du génocide Reply with quote Back to top

18 juillet 2008 | Le Monde | Gaïdz Minassian

Une enfance interdite au temps du génocide

La vie des Arméniens avant et après 1915, décrite par un témoin direct

e Vanetsi, une enfance arménienne comble un vide. Jusqu'à maintenant, la littérature consacrée à la « Catastrophe » du génocide de 1915 ne comptait, parmi ses chefs-d'oeuvre, que Les 40 Jours du Musa Dagh de Franz Werfel ou Le Conte de la pensée dernière d'Edgar Hilsenrath. Désormais, elle s'enrichit de cette trilogie signée Victor Gardon (1903-1973), de son vrai nom Vahram Gakavian, écrivain exilé proche des communistes, ancien prisonnier de guerre des nazis devenu résistant après son évasion, et dont l'oeuvre avait été publiée pour la première fois en 1959 à Paris.

Dans ce récit autobiographique réédité en un volume, Victor Gardon détaille, entre mémoire et imaginaire, toute l'histoire de sa famille installée à Van, ville montagneuse située au sud est de la Turquie actuelle, à la frontière de l'Iran et de l'ex-URSS. Dans cette ancienne capitale du royaume du Vaspourakan, comme dans d'autres villes reculées de l'Empire ottoman, les Arméniens vivent à l'écart des autres ethnies, à la veille de la Révolution « jeune-turque » de 1908. L'harmonie est fragile, la tension permanente : massacres et exactions sont le quotidien des Arméniens.

La peur enveloppe chaque scène de la fresque, qui retrace le destin d'une famille organisée autour de la grand-mère et de son petit-fils, Victor Gardon, alias Vahram. Des personnages dont le caractère tranche avec la naïveté collective.

La Grand-Mère incarne l'Arménie éternelle, la Terre des ancêtres. Elle sait ce qu'il ne faut pas faire, et ne pas dire, devant le Kurde ou l'officier turc. Leur position sociale range l'Arménien, le « giavour » (« l'infidèle »), dans la catégorie des « dhimmi », sujets de second rang du Sultan. Dans cette fresque cruelle et truculente, un enfant s'élève contre le poids des traditions et l'austérité du milieu rural, Vahram, garçon intrépide, et détenteur d'un mystère n'hésitant pas à casser les codes d'inhibitions du milieu paysan arménien.

Vahram crie sa colère quand on lui interdit de parler, d'imaginer l'amour ou encore de participer à des réunions de révolutionnaires du parti arménien, les Armenagans. Leur chef local est le père du Vanetsi, autrement l'habitant de Van. Un révolutionnaire effacé devant l'autorité de la grand- mère, un peu à l'image de ce mouvement national arménien, trop fragile pour renverser le cours de l'histoire mais trop engagé pour faire marche arrière. A cet instant du récit, Vahram Gakavian, comme le fera son contemporain Kourken Mahari en Union soviétique, lève pour la première fois un tabou : le mouvement a-t-il une part de responsabilité dans la « Catastrophe »?

AVENIR SANS ISSUE

Pour Victor Gardon comme pour la spécialiste de littérature arménienne Krikor Beledian, ces hommes, « n'ont pas assumé leurs responsabilités de révolutionnaires au moment où il le fallait ». Ils ont laissé passer leur chance en 1908, année de la Liberté, comme l'écrit le romancier, alors que les Jeunes-Turcs prenaient le pouvoir au nom d'une idée : sauver l'Empire en formant une seule nation turque. Lorsque les chefs arméniens prennent les armes au printemps 1915, lors du siège de Van, prélude à la machine génocidaire, ils résistent victorieusement jusqu'à l'arrivée des Russes, mais sont obligés de quitter leur terre.

Dans les mémoires de Victor Gardon, le héros n'est pas le combattant, mais d'autres protagonistes : la grand- mère et Vahram, le passé ou l'avenir sans issue, mais jamais le présent, toujours éphémère. La gestion du temps est d'ailleurs problématique pour l'auteur : aucun repère chronologique n'est donné, aucun paysage décrit, les lieux n'existent pas dans cette saga arménienne. Un tableau figé qui contraste avec l'abondance de paroles pouvant être échangées à Van ou ailleurs.

Après la libération de la ville, Victor Gardon prend le chemin du Caucase où il sympathise avec le futur dirigeant soviétique Anastase Mikoyan. Il gagne ensuite Constantinople jusqu'en 1923, avant de se rendre à Paris où il meurt en 1973, après avoir noué des liens amicaux avec Raymond Aron. Son Vanetsi, une enfance arménienne tombe à pic, à l'heure où la Turquie tente de revisiter son passé ottoman. Sans parvenir, jusqu'ici, à ouvrir cette boîte noire de l'Arménie turque à feu et à sang.

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