24. April 1915-2020

424. April 1915


In der Nacht des 24. April 1915 werden in Konstantinopel alle armenischen Intellektuellen und Vertreter der Oberschicht verhaftet. So beginnt die Regierung des Osmanischen Reiches die geplante und systematische Vernichtung des armenischen Volkes, den ersten Völkermord des 20. Jahrhunderts, der etwa eineinhalb Millionen Opfer fordern wird.

 

Das jungtürkische Komitee für Einheit und Fortschritt "Ittihad ve Terakki", damals an der Macht, hat entschieden, sich ein für alle Mal der Armenier und der anderen christlichen Minderheiten zu entledigen, die mehrheitlich die Provinzen des Ostens bewohnen, aber auch Adana (Kilikien), die Küste des Schwarzen Meeres und die Flanken des heiligen Ararat. Das Triumvirat, bestehend aus Kriegsminister Enver, Innenminister Talaat und Marineminister Cemal, hat unter dem Deckmantel der durch den Ersten Weltkrieg auferlegten Restriktionen einen raffinierten Vernichtungsplan ausgearbeitet.

 

Worte können das Grauen nicht beschreiben, das, unbeachtet von der westlichen Welt, von einem ganzen Volk erlitten wurde; denn das Verbrechen des Völkermords übertrifft alle anderen vorher begangenen Verbrechen. Männer werden erniedrigt und verstümmelt, Frauen vergewaltigt und bei lebendigem Leibe angezündet, Kinder vor den Augen ihrer Eltern aufgeschlitzt. Darüber hinaus sind die Verbrecher bestrebt, Kultur, Kunst, Musik, Religion, die gesamte Erinnerung an ein Volk auszulöschen. Die Leichname bleiben unbestattet, werden in Flüsse geworfen, den Raubvögeln überlassen. Die Täter begnügen sich nicht damit zu töten, sie verschleiern in der Folge das Verbrechen, indem sie jede kompromittierende Spur der Planung verwischen. Sie wissen bereits, dass die Gräueltaten allzu schwerwiegend für die kommenden Generationen sein werden. Im Jahre 1919 werden die höchsten Verantwortlichen vor Gericht gestellt und von einem türkischen Kriegstribunal zum Tode verurteilt, doch Mustafa Kemals Wende zum Nationalismus bricht diese Tendenz und führt am 31. März 1923 zu einer allgemeinen Amnestie. Die neue Regierung bringt damit den Völkermord durch die Leugnung zur Vollendung: Sie schreibt die Geschichte um und schenkt sich für die frisch geborene Türkei eine neue Unschuld.

 

Dennoch existieren unzählige Augenzeugenberichte, von Überlebenden natürlich, aber auch von Türken selbst, von ausländischen Delegierten wie Armin T. Wegner, von Botschaftern wie Henry Morgenthau. Sie beschreiben die Boote, die mit Armeniern gefüllt und nachher vor der Küste des Schwarzen Meeres versenkt werden; den von Blut roten Fluss Euphrat; die Strassen Richtung syrischer Wüste, gesäumt von Kadavern; und all die in Brand gesteckten Dörfer, deren Einwohner in zu Scheiterhaufen umgewandelten Kirchen geopfert werden. Schon 1896 waren unter der Herrschaft des "roten" Sultans Abdul Hamid II. mehr als 300‘000 Armenier massakriert, ihre Dörfer geplündert und die wenigen Überlebenden ins Exil gezwungen worden. Jean Jaurès hatte in jenem Jahr in der Nationalversammlung in Paris die Prämissen für einen Völkermord verkündet, und Georges Clémenceau sollte daraufhin erklären: "Es ist nicht mehr zulässig, Unwissenheit vorzutäuschen. Die Wahrheit ist bekannt und die Heuchelei unserer europäischen Diplomaten kann bloss noch die Mittäter dieser weltweiten Feigheit täuschen".

 

Heute fordern die Armenier auf der ganzen Welt Gerechtigkeit: Sie wollen, dass die Wahrheit überall anerkannt wird, damit ihre Verwandten, die ohne Begräbnis zurückgelassen wurden, gefallen für das einzige Vergehen, als Armenier geboren zu sein, endlich in Frieden ruhen können. Die Armenier verlangen Denkmäler zur Erinnerung an ihre Verwandten, denn sie haben keinen Ort, wo sie ihrer gedenken können: Ihre Verwandten sind ja angeblich nicht tot, sondern nur deportiert worden... Die Armenier fordern das Recht, auf ihrem Heimatboden zu beten, um auf dem Altar der Wahrheit vergeben zu können.

 

Die Armenier, von den Aposteln Thaddäus und Bartholomäus evangelisiert, haben die christliche Religion im Jahre 301 als Staatsreligion angenommen. Ihrem christlichen Glauben stets treu, haben sie mit ihrem Blut die Liebe zu Christus bezahlt. Im Gedenken an unsere Verwandten zünden wir am heutigen Tag diese Lichterkreuze (Khatch-luis) an. Mögen ihre Seelen in Frieden ruhen!

 

Génocide arménien, crime et négation du crime

Janvier 2012 | Le Monde Diplomatique | Atlas Histoire version livre | Vicken Chétérian

 

Souvent qualifié de « premier génocide du XXe siècle », le massacre des Arméniens par l’Empire ottoman en 1915-1918 constitue le premier exemple d’une tuerie de masse perpétrée par un Etat contre une partie de sa population. De nombreuses nations, à commencer par la Turquie, n’ont toujours pas pleinement reconnu ce génocide.

 

Au cours de la seconde moitié du XIXe siècle, deux évolutions majeures pèsent sur les relations entre le calife ottoman et la communauté arménienne. D’une part, les ambitions coloniales européennes se traduisent par une pression croissante sur les marges d’un empire en déclin. Sous prétexte de « protéger les minorités chrétiennes », les tsars russes repoussent leurs frontières au détriment des Ottomans. Leurs annexions en Crimée, dans le Caucase et dans les Balkans, jettent sur les routes des milliers de musulmans qui se réfugient au coeur du territoire ottoman. Cet afflux de population exacerbe les tensions entre majorité musulmane et minorités chrétiennes.

 

D’autre part, la présence dans les universités européennes d’étudiants ottomans séduits par les idées d’émancipation favorise la création de partis politiques arméniens progressistes, le Henchak (social-démocrate) et la Fédération révolutionnaire arménienne (FRA, nationaliste de gauche). A partir des années 1890, ces partis réclament des réformes politiques, en faveur notamment de la paysannerie arménienne, qui endure des impôts élevés et des massacres sporadiques.

 

Face à ces demandes, le sultan Abdülhamid II opte pour la répression. Entre 1894 et 1896, les revendications politiques des Arméniens déclenchent des persécutions qui font 200 000 morts. En 1908, le « sultan rouge » est renversé par le Comité pour l’union et le progrès (CUP), qui jouit du soutien des officiers de l’armée. Le CUP veut réformer l’empire, alors en voie de désintégration, soulevant l’enthousiasme de nombreux Ottomans, parmi lesquels des Arméniens.

 

La FRA collabore étroitement avec le nouveau pouvoir et joue un rôle central au Parlement. Cette alliance se désagrège toutefois en 1909, quand de nouvelles exactions provoquent une trentaine de morts parmi les Arméniens. Le CUP et la FRA rompent tout contact en 1913. Alors que le pouvoir se concentre entre les mains des « trois pachas » (Enver, Cemal et Talat), le CUP renonce à son programme de réformes. En quête d’une nouvelle légitimité, le régime développe une idéologie nationaliste fondée sur le rêve d’un grand Empire turc s’étendant au Caucase et à l’Asie centrale.

Massacre planifié

 

Le 28 octobre 1914, la Turquie se rallie aux puissances centrales : l’Allemagne, l’Autriche-Hongrie et l’Italie. Le ministre de la guerre, Enver Pacha (1881-1922), entend profiter du conflit pour chasser les Russes du Caucase du Sud. Il prend lui-même les commandes de la IIIe armée ottomane, et la défaite que lui infligent les troupes russes à la bataille de Sarikamis n’en est que plus cuisante. Repoussés vers les montagnes, la plupart des rescapés turcs périssent dans des tempêtes de neige.

 

Cette débâcle précipite les événements. Enver rend la population arménienne locale responsable de la déroute de son armée. Il désarme les soldats arméniens et les affecte à des « bataillons de travail » auxquels ils ne survivront pas. Le 24 avril 1915, la police turque arrête des centaines d’intellectuels arméniens à Istanbul, capitale de l’empire, et procède à leur déportation puis à leur assassinat. En mai, ordre est donné de transférer la population arménienne de l’Empire ottoman dans le désert syrien. Plus de la moitié – soit environ 1 million de personnes, selon les estimations les plus fiables – périt dans les massacres, meurt d’épuisement sur les routes ou succombe de faim ou de maladie dans les camps de réfugiés. L’Etat saisit les biens de centaines de milliers d’Arméniens. Les déportations, exécutions et mauvais traitements font aussi des milliers de victimes parmi les chrétiens d’Orient et les Grecs pontiques, confirmant l’existence d’un plan visant à décimer la population selon des critères ethniques.

 

Le crime de génocide s’achève par sa négation. Depuis neuf décennies, les autorités turques persistent dans leur politique de non-reconnaissance. La position d’Ankara se résume à cette triple affirmation : « Il n'y a pas eu de génocide ; le nombre des victimes s'établit à 300 000 morts ; la responsabilité des événements incombe aux Arméniens eux-mêmes qui ont trahi la Turquie. »

 

Dans les années 1970, ce négationnisme se heurtera à l’émergence d’un mouvement politique arménien recourant à la lutte armée pour se faire entendre de la « communauté internationale ». Depuis, l’Organisation des Nations unies et les Parlements de divers pays, tels que la France ou la Russie, ont adopté des résolutions visant à reconnaître le génocide arménien. En Turquie même, où les libertés démocratiques ont gagné du terrain dans les années 1990, la question arménienne fait l’objet de débats ouverts dans le monde intellectuel, qui a pris ses distances à l’égard des vérités officielles.

 

© 2012 Le Monde diplomatique

 

Chronologie

1923

Mustafa Kemal devient président de la République. Il crée le Parti républicain du peuple (CHP), parti nationaliste et laïque.

1949
La Turquie reconnaît l'Etat d'Israël.

1952
La Turquie entre dans l'Organisation du traité de l'Atlantique nord (OTAN).

1960
Coup d'Etat militaire.

1980
Nouveau coup d'Etat militaire. La répression frappe l'extrême gauche et les Kurdes, mais épargne les ultranationalistes.

1994
Poussée des islamistes du Parti de la prospérité (Refah).

1996
Entrée en vigueur de l'union douanière entre l'Union européenne (UE) et la Turquie.
La Turquie et Israël signent trois accords de coopération militaire. En mars, ils signent un accord de libre-échange.

1999
Le sommet européen d'Helsinki reconnaît à la Turquie le statut de candidat à l'UE.

2002
Le parti islamiste modéré AKP remporte les élections législatives.

2009
A Davos, Recep Tayyip Erdogan fustige l'opération militaire israélienne à Gaza de décembre 2008-janvier 2009.

31 mai 2010
Assaut des troupes israéliennes contre le Mavi-Marmara.

 


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