Atom Egoyan par Sévane Garibian

Ararat ou « l’histoire vraie d’une preuve vivante »

 

20 mai 2002, festival de Cannes, Ararat est projeté devant une salle comble : standing ovation de dix minutes. Présenté en sélection officielle, le dernier film très attendu d’Atom Egoyan sort dans les salles françaises le 4 septembre. On y retrouve son épouse Arsinée Khandjian, Charles Aznavour et Simon Abkarian. De passage à Paris, le réalisateur canadien d’origine arménienne nous explique sa démarche et revient sur son film le plus personnel. Son mot d’ordre : « L’Histoire, il faut la raconter. La vie, il faut la vivre ».

 

 

Près de dix ans après Calendar, tourné en Arménie, vous réalisez un film sur la représentation du génocide arménien. Pourquoi maintenant ?

 

C’est ma rencontre avec le producteur Robert Lantos qui a été déterminante. Il y a trois ans, à l’occasion d’une soirée organisée en mon honneur par la communauté arménienne du Canada, Robert, en tant que juif de Hongrie, a publiquement déploré l’absence de films sur le génocide des Arméniens et s’est engagé à me produire si j’acceptais d’en faire un. Ca a été un moment extraordinaire, toute la salle s’est levée et a applaudi… J’ai compris que l’opportunité qui s’offrait à moi était rare, que c’était finalement le moment de me mettre à travailler sur ce film que je comptais de toute façon faire un jour ou l’autre, mais que je n’étais pas sûr de pouvoir réaliser si tôt.

 

A quand remonte votre désir de vous interroger plus directement sur votre identité et votre histoire ?

 

Dès mon intégration au sein de la communauté arménienne de Toronto, à l’âge de 18 ans. Je n’avais jusqu’alors pas été élevé dans un cadre arménien, et j’ai senti à ce moment là qu’il me faudrait me confronter aux multiples questions liées à mon identité et à ma culture. Mon histoire m’a rattrapée. C’est pourquoi j’ai voulu me concentrer plus particulièrement sur le personnage de Raffi qui est, dans le film, au même point que moi, à 18 ans. C’est le personnage dont je me sens le plus proche, encore aujourd’hui. Finalement, Ararat est un film marqué par l’interrogation suivante : comment le trauma est-il transmis, comment des évènements du passés peuvent filtrer nos vies pour réapparaître dans les moments les plus inattendus ?

 

En réalisant Ararat, à qui souhaitiez-vous vous adressez ?

 

Tout au long de mon travail, j’avais une conscience aigue de la nécessité de faire ce type de film qui n’avait jamais été fait auparavant et, surtout, qui était tant attendu par tous les Arméniens. Ce film a une signification très importante : il montre ce qui a eu lieu. Il s’adresse bien évidemment à tous les Arméniens, mais il a une dimension universelle.

 

Pourquoi avoir choisi de montrer les scènes de reconstitution en utilisant le procédé du « film dans le film », puisque vous filmez un réalisateur arménien en train, lui-même, de faire un film sur le génocide ?

 

En préparant Ararat, je savais que c’est une immense responsabilité pour moi que de reconstituer des scènes du génocide. Mais en même temps, je savais aussi que les fresques historiques ne sont pas mon type de film, alors comment résoudre cette contradiction ? J’ai donc eu l’idée de créer le personnage de Raffi qui a le statut d’observateur : il regarde le réalisateur Saroyan, joué par Aznavour, faire un film sur le génocide arménien en utilisant des scènes de reconstitution très « caricaturales », presque naïves. Raffi observe le processus de reconstitution. C’est en utilisant ce procédé que j’ai réussi à dépasser la contradiction à laquelle j’étais confronté. Ca m’a donné une formidable liberté. Ca m’a aussi permis de montrer les limites d’un film historique, parce que je ne suis pas certain qu’il soit possible de vraiment représenter ce que sont la souffrance, la torture. Je ne sais pas s’il est possible de représenter un génocide…

 

Sur quelles sources historiques avez-vous travaillé afin de préparer les scènes de reconstitution ?

 

J’avais déjà une connaissance de l’histoire du génocide arménien puisque j’ai fais mes études en Relations internationales. Je connaissais aussi bien sûr les travaux de Vahakn Dadrian sur le sujet. Par ailleurs, en faisant des recherches sur le peintre Arshile Gorky, rescapé du génocide, j’ai découvert un document extraordinaire : un livre du missionnaire américain Clarence Ussher, témoignant du siège de Van en 1915. Son récit est très « graphique » et extrêmement clair. Il décrit des moments très importants comme par exemple sa rencontre avec Jevdet Bey qui veut envoyer les troupes turques à Van pour soi-disant protéger les ressortissants américains… Ussher était très conscient de ce qui se passait et je pense que son témoignage éclairé constitue un apport intéressant pour le film. D’autant plus que ce document a été publié en 1917, c’est-à-dire avant que les Etats-Unis ne soient une puissance mondiale, et cela donne un point de vue particulier, celui d’un Américain qui se situe encore dans « l’âge d’innocence » en quelque sorte.

 

Et qu’est-ce qui vous a déterminé à commencer votre film par l’image de Gorky peignant son fameux tableau « The Artist and His Mother » ?

 

Ce tableau est pour moi la plus belle œuvre d’art arménienne issue du génocide. Notre plus grande force, en tant qu’Arméniens, a été de préserver notre culture et notre art et Gorky est à mon sens la figure la plus représentative de cela. Son travail artistique me semble essentiel parce qu’il exprime parfaitement bien ce que Gorky a pu vivre en tant que témoin du génocide, mais aussi parce qu’il contient tout ce qu’il y a de plus profond dans notre culture. Ce qui est important dans ce tableau, par ailleurs, c’est qu’il a été peint à partir d’une photo de l’artiste et de sa mère posant à Van, et je pense que les Arméniens ont une relation très particulière à la photographie.

 

Quant au dénouement final, vous le qualifiez vous-même de très généreux…

 

Oui, bien sûr : Raffi réussit enfin à se réapproprier complètement son histoire en la racontant pour la première fois à un étranger ; sa mère, Ani, choisit le présent plutôt que le passé en allant rejoindre son fils ; le douanier, de son côté, montre aussi à sa famille qu’il est capable de faire un acte de grande tolérance… Tout semble se reconnecter.

 

Pourquoi avoir choisi Aznavour dans le rôle du cinéaste ?

 

Ce film est une sorte de célébration de la formidable force créatrice du peuple arménien. Et Charles Aznavour est après tout l’une des icônes de la diaspora arménienne, en tant qu’artiste, et le fait de l’impliquer dans le film est un acte très symbolique. Je suis heureux de constater qu’il a beaucoup aimé Ararat, il a été très présent et encourageant durant tout le tournage.

 

Ararat a été présenté à Cannes hors compétition. Etait-ce vraiment une décision libre de votre part ou le résultat de pressions turques ?

 

Il est vrai que j’ai subi énormément de pressions de la part des turcs. En revanche je tiens à préciser que je n’ai jamais été physiquement menacé. Cela dit, le fait que Ararat ne soit pas présenté en compétition a été un choix personnel. D’ailleurs, je ne pense pas que les turcs imaginaient que le film puisse être sélectionné à Cannes et quand cela a été annoncé, j’ai lu quelque part : « maintenant nous verrons bien si ce film va remporté un prix ! ». Et je trouve ça incroyable, je ne pouvais pas accepter l’idée que l’avenir du film soit déterminé par le gain ou non d’un prix à Cannes. Cela me semblait absurde de soumettre Ararat à un jury qui serait là pour émettre un jugement, alors même que le film porte justement sur des gens qui transmettent un jugement sur la véracité.

 

Quelles ont été les premières réactions à propos de votre film depuis Cannes ?

 

J’ai eu en particulier connaissance des réactions de la presse turque. Ce qui est très décevant, c’est la fixation qui est faite sur certaines scènes du film. On m’a même dit qu’il serait possible de projeter Ararat en Turquie, à condition que deux scènes soient coupées : celle des jeunes femmes brûlées et celle du viol, où l’on voit que ces actes sont commis par des soldats turcs. Il va de soi que je refuse de couper mon film. Quant aux réactions arméniennes, je vais justement présenter Ararat à la communauté arménienne du Canada cet été, et je suis très curieux de connaître l’opinion des spectateurs !

 

Etes-vous retourné en Arménie depuis le tournage de Calendar ?

 

Oui, et d’ailleurs les morceaux de musique traditionnelle arménienne que l’on entend dans le film, ainsi que les chœurs ont été enregistrés là bas.

 

Quels sont vos projets artistiques ?

 

Je n’ai pas de projets cinématographiques pour le moment, je me sens vidé, j’ai besoin d’un peu de temps ! En revanche, je vais monter un opéra de Wagner et je présente également une installation qui s’intitule Hors d’usage, au Musée d’Art Contemporain de Montréal.

 

Entretien réalisé et traduit à Paris,

les 18 et 19 juin 2002, par Sévane Garibian.

 

 

BIOGRAPHIE

 

Né au Caire en 1960, Atom Egoyan grandit au Canada où il fait des études de Relations internationales et de guitare classique. Après avoir réalisé plusieurs courts-métrages entre 1979 et 1982, il est nominé en tant que meilleur cinéaste aux « Génies » du cinéma canadien pour Next of Kin (1984), son premier long-métrage.

Brillant, il collectionne depuis les récompenses : Family Viewing (1987), couronné par le prix de la critique internationale à Locarno et sélectionné dans un grand nombre de festivals importants, lui donne une renommée internationale ; Speaking parts (1989) et The Adjuster (1991) sont notamment présentés à la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes ; Calendar (1993), tourné en Arménie, reçoit le prix du meilleur film au Forum du Nouveau Cinéma du Festival de Berlin, alors que le Centre Georges Pompidou présente le travail du réalisateur dans le cadre de rétrospectives des cinémas canadien et arménien.

En 1994, Exotica est le premier film canadien anglophone sélectionné en compétition officielle cannoise depuis près de 10 ans : il y emporte le prix de la critique internationale. Trois ans plus tard Egoyan revient à Cannes avec The Sweet Hereafter, qui sera le film le plus primé de la compétition (grand prix du jury, prix de la critique internationale et prix œcuménique), avant de recevoir de nombreuses récompenses au Canada. Felicia’s Journey sera également présenté à Cannes en 1999, en compétition officielle.

Atom Egoyan a été membre du jury au Festival de Cannes en 1996. Il est fait Chevalier des Ars et des Lettres par la République française en 1997, et reçoit le Anahid Literary Award du Centre arménien de l’Université de Colombia en 1999. Il est, depuis cette date, membre de l’Ordre national du Canada.

 

Pour en savoir plus sur le travail d’Atom Egoyan :

- Speaking Parts, Coach House Press, Canada.

- Exotica, Coach House Press, Canada.

- Atom Egoyan, Editions Dis Voir, France.

 

S.G.

 

Portrait d'Arsinée Khanjian par Sévane Garibian

Ravissante, Arsinée, dans le salon d’un grand hôtel parisien, un café à la main, une cigarette dans l’autre. Belle, souriante, chaleureuse, elle se prête au jeu de l’interview avec un plaisir apparent : elle aime parler de ce qu’elle fait, de ce qu’elle est. Elle s’explique, raconte, réfléchit à voix haute... Sa présence est douce et sincère. L’émotion de l’épouse et actrice fétiche d’Atom Egoyan est vive lorsqu’elle s’exprime sur Ararat où elle incarne le rôle d’Ani, une historienne de l’art, arménienne, tiraillée entre le passé et le présent.

 

Comme Ani, Arsinée est une femme qui appartient à une culture sociale double, même si la comédienne rappelle que ce n’est qu’en arrivant au Canada, à l’âge de 17 ans, qu’elle se confronte pour la première fois à cette question de la double appartenance : « J’ai grandi au Liban dans un milieu très arménien, et là-bas je pouvais vivre en ne me définissant que par ma seule identité arménienne. Au Canada, tout a été différent, j’ai dû faire le geste politique d’intégrer la culture occidentale sans nier mes origines ». Comme Ani aussi, l’actrice a une démarche intellectuelle forte dans ses choix de vie : si le personnage qu’elle incarne dans le film est professeur et conférencière, spécialiste du peintre Arshile Gorky, Arsinée, elle, est diplômée en Sciences politiques et a participé activement à la politique culturelle du Canada. Elle est la première à s’occuper, de 1989 à 1994, du bureau du cinéma, de la vidéo et de la photographie au sein du département des arts de l’Ontario. C’est parallèlement à ses activités professionnelles qu’elle entame une carrière de comédienne, aux côtés d’Egoyan.

 

Elle dit n’avoir eu aucune hésitation à accepter le rôle d’Ani, cette mère qui porte en elle toutes les inquiétudes et les contradictions de beaucoup d’Arméniens de la diaspora occidentale. « Je me suis sentie proche d’elle, explique Arsinée, j’ai compris ses repères sans pour autant m’identifier à elle, ce qui a rendu mon travail de comédienne d’autant plus intéressant ». Ani a eu deux maris, dont le premier, arménien, est mort en tentant d’assassiner un représentant de l’État turc. « Il a fallu beaucoup travailler sur le silence, puisqu’Ani ne parle jamais de son mari mort pour une cause, même pas à son propre fils, sauf pour dire qu’il était un héros ». Un rapport troublant entre une mère et son fils, Raffi, qui s’interroge et veut comprendre. « Ani est un personnage ambigu, elle transmet quelque chose à son fils mais par le biais de la culpabilité et de la honte ». Arsinée et Atom ont un fils aussi, Arshile – du nom du peintre – auquel il faudra raconter, expliquer. Les questions de transmission se posent à eux autant qu’aux personnages mis en scène.

 

La crainte, Arsinée l’a pourtant ressentie au début du projet d’Egoyan : « Lorsqu’Atom m’a dit qu’il voulait faire ce film, ma première réaction a été, étonnamment, la peur. Ce n’est pas parce que je n’avais pas confiance en lui, au contraire, je n’avais aucun doute sur sa capacité à mener à bout un tel projet. Mais ma réaction était finalement très féminine : j’ai eu peur du jugement des autres, y compris des réactions politiques. J’ai eu peur qu’il soit puni, j’ai voulu le protéger ». Admirative, l’actrice est aujourd’hui fière du film et fière de la démarche de son époux qui a « pris la parole comme personne ne l’a fait avant ». Elle sourit. « Ararat n’est pas un film de propagande, c’est un film qui pose des questions universelles » et, en ce sens, elle a conscience du fait que certains Arméniens pourraient être déçus : « On a eu un tel manque d’images, que peut être certaines personnes auraient souhaité voir un film plus militant, du moins visuellement plus militant, un film qui aurait pour finalité de prouver le génocide. Je ne dis pas qu’il n’y a pas de place pour cela, mais ça ne correspond pas aux aspirations artistiques et intellectuelles d’Atom ».

 

Arsinée est convaincue et convaincante. Elle parle de libération. Celle d’Ani, à la fin du film, celle des autres personnages aussi, qui s’approprient enfin leur histoire. Elle est émue mais pèse ses mots : les spectateurs sortiront du film avec « quelque chose d’encore plus important » dit-elle. « Ils seront rassurés par notre choix de présenter le génocide comme un fait existant sur lequel il n’est pas nécessaire de revenir. Et ce que le film leur accorde, en définitive, c’est le droit de s’interroger sur toutes les questions essentielles liées à la survie ».

 

Sévane Garibian - Paris

 

"Ararat" casse le mur du négationisme

September 1, 2002 | National Public Radio | Weekend Edition Sunday

 

 

David D'Arcy - Reporting

Liane Hansen - Host

www.npr.org

 

 

The Toronto International Film Festival opens this Thursday night with the North American premiere of "Ararat" by Atom Egoyan. Egoyan is a Canadian of Armenian descent and "Ararat" deals with the memory of the slaughter of a million Armenians by Turkish forces during World War I. Turks dispute that number and say some of those Armenians were collaborating with Russian and British invaders. The Armenians and others call it genocide. Even today, the Turkish government denies that there was any systematic Armenian genocide, and Turkish groups have tried in vain to change Egoyan's script. David D'Arcy reports that "Ararat" is not the first attempt to make a movie on the subject.

 

DAVID D'ARCY reporting: Atom Egoyan has thought about making a film on the Armenian genocide for nearly 20 years. A question from Egoyan's young son moved the project along.

 

Mr. ATOM EGOYAN ("Ararat"): As we all know, young children are always so lucid about these points, says, 'Well, did the Turks say they were sorry? Did--you know, was there a resolution?' And, at that point, you come to the frightening realization that there is no resolution, that it's still an open question after 85 years. And I really feel that as a filmmaker, as someone who, you know, makes images for a public and, you know, who is trying to raise issues about our relationship to images, it was very, very odd that we don't have any images of the genocide in our popular consciousness.

 

D'ARCY: In one of the most quoted passages in "Mein Kampf," Adolf Hitler asks, 'Who remembers the Armenians?' Yet, at the end of World War I, governments around the world, including the US, condemned the slaughter. For a brief time, there were even court-martials in Turkey. In 1919, there was a silent film called "Ravished Armenia" by a protege of Cecile B. DeMille. Only one reel of it survives, but Peter Balakian, author of "Black Dog of Fate," an exploration of his Armenian heritage, says "Ravished Armenia" was a sensation.

 

Mr. PETER BALAKIAN (Author, "Black Dog of Fate"): It was based on the memoir of the survivor, Aurora Mardiganian, who had made it to the United States as a young girl, having survived harems, rape, having witnessed the mutilation, torture and rape of hundreds of young girls like herself.

 

D'ARCY: The genocide almost became a Hollywood epic in the 1930s when MGM attempted to film "The Forty Days of Musa Dagh," a best-selling novel about Armenian resistance by Franz Werfel, a Viennese Jew who later fled the Nazis. The Turkish government and the US State Department pressured the studio to halt the adaptation of a book that Peter Balakian says was a blockbuster in 20 languages.

 

Mr. BALAKIAN: The Turkish ambassador, Munir Urtegan, who happens to be the father of the Atlantic Records mogul Ahmet Ertegun, Mr. Ambassador Ertegun went to Franklin Roosevelt's State Department and made it clear that if MGM made a film, "The 40 Days of Musa Dagh," it would be regarded a diplomatic breach.

 

D'ARCY: MGM offered to make changes and to give the Turks final approval, but shelved the project under pressure, says Richard Hovannisian, an Armenian American and a history professor at UCLA.

 

Professor RICHARD HOVANNISIAN (UCLA): It didn't die entirely. There was another attempt in 1938 to revive the film but once again the same scenario was played out with protests by the Turkish embassy, intervention by the State Department, intercession by the Motion Picture Producers and Distributors of America and in 1938 MGM shelved it, and then World War II began and it was a whole different issue.

 

D'ARCY: Sixty years later, Atom Egoyan planned his own film of the Musa Dagh saga. He gave up the project in favor of another perspective on the genocide.

 

Mr. EGOYAN: The problem for me in that type of historic epoch is that it really doesn't deal with the matter at hand, which is denial. What I wanted to do was to find a way of showing the history but to show how the drama continues today. You know, this is a film about the transmission of trauma, which is something that--you know, any Holocaust survivor or grandchild of a Holocaust survivor can understand, but it's a very difficult state to express dramatically. It's a very complex issue. And the structure of the film is, you know, necessarily complex as well in the way it shifts between this historic epoch, this Musa Dagh-like story and the present day.

 

D'ARCY: "Ararat," made for a less-than-epic $17 million, is a web of stories that intersect in the making of a historical film in Toronto about the siege of the Armenian-held city of Van in Eastern Turkey in 1915. After the Turks captured the city, they killed or deported most of the region's Armenians. In the film within a film, an actor of Turkish origin is cast as the commander who orders the massacres.

 

(Soundbite of "Ararat") Unidentified Actor #1: Look, I never heard about any of this stuff when I was growing up. You know? I did some research for the part, from what I read there were deportations and--lots of people died, Armenians and Turks. It was World War I.

 

Unidentified Actor #2: Turkey wasn't at war with the Armenians. I mean, just like Germany wasn't at war with the Jews. They were citizens. They were expecting to be protected. That scene you just shot was based on an eyewitness account. Your character, Jevdet Bey--the only reason they put him in Van was to carry out the complete elimination of the Armenian population in Van. There were telegrams, there were communiques...

 

Unidentified Actor #1: I'm not saying that something didn't happen.

 

Unidentified Actor #2: Something.

 

D'ARCY: Even before filming began, Egoyan received e-mails attacking him as a hate monger. To avoid any confrontation, he discussed the project with the president of the Turkish Canadian Association. Talks chilled when Egoyan said changes were out of the question. In the United States, opposition to "Ararat" has come from the Assembly of Turkish American Organizations, which represents groups formed by some 300,000 Turkish Americans. Its executive director, Guler Koknar, says her group is pressured for the removal of the term 'Armenian genocide' from schoolbooks around the country. She hasn't seen "Ararat" but read the script and says it's a one-sided depiction of an important US ally. She predicts it will fuel hatred against Turks.

 

Ms. GULER KOKNAR (Executive Director, Assembly of Turkish American Organizations): It's a depiction of the good guys vs. the bad guys that we feel is just incorrect, it's un-American and we want to change that.

 

D'ARCY: But facts are facts, says historian Richard Hovannisian.

 

Prof. HOVANNISIAN: Those who have any doubts that the Armenian version is stilted, etc., need only to look at the diplomatic correspondence of the Americans in the field, and not only the Americans, but all of those people who had diplomatic relations. The most telling, of course, is that the Austrians and the Germans, who were allies of Turkey at the time, their diplomatic correspondence made no doubt of the fact that what was taking place was the destruction, as they would call it, the murder of a nation, the destruction of a race, and so forth. So the facts of the genocide are really so overwhelming that what we see taking place of demands for viewing the other side, etc., these come down to being political issues and economic issues and not really historical issues.

 

D'ARCY: Turkish groups also see religious bias in "Ararat." David Salzman is counsel to the Assembly of Turkish American Associations. His firm also represents the Turkish government.

 

Mr. DAVID SALZMAN (Counsel, Assembly of Turkish American Associations): Turkey is a predominantly Muslim nation. And it has stood by the United States as a NATO member for 50 years and even long before that. And the film is based on the journals of a missionary in the eastern Ottoman Empire in the early part of this century and throughout the script it comes out that this is Christian vs. Muslim, Christian hero vs. Muslim barbarian. And here we are treating one of our front-line states who was instrumental in our policy in the Middle East and basically saying, 'Oh, you can just wrap it in with the rest of the Muslim world.'

 

D'ARCY: In World War I, the Ottoman Empire was allied with Germany. The film's US distributor, Miramax, which is part of Disney, refused to show the script to Turkish groups which obtained a copy anyway. Miramax is standing by the film. Film critics who championed Egoyan in the past are not, at least not yet. After the film's premiere at Cannes, Variety's reviewer called it earnest and didactic and predicted that "Ararat" would leave audiences indifferent. The New York Film Festival, which has shown Egoyan's films in the past, turned it down. Egoyan was dismayed.

 

Mr. EGOYAN: There was a critical response which was incredibly positive and was able to understand the language of the film, and then there are people who I really think need to see the film again, who have to assess it in terms of what they might have been expecting. I think when you tell people that it's a film about the Armenian genocide, that sets up all sorts of, you know, images, which are wrong, you know? It's about the denial of that genocide. It's about the present day.

 

D'ARCY: "Ararat" opens in theaters in the US and Canada in mid-November. An Armenian Genocide Museum and Memorial is planned for downtown Washington, DC, even though a resolution to recognize the genocide was withdrawn under pressure before the US Congress could vote on it two years ago.

 

For NPR News, I'm David D'Arcy in New York.