Histoire de la diaspora

La diaspora (dispersion d’un peuple ou d’une ethnie à travers le monde) arménienne est fort ancienne. Peuple de marchands et d’artisans autant que de paysans, les Arméniens ont dès l’Antiquité essaimé à travers le monde connu : au Moyen-Orient, en Inde et jusqu’en Extrême-Orient. Au XIè siècle, ce sont des vizirs arméniens qui exercent le pouvoir réel dans l’Egypte fatimide. Au Moyen Âge, quand la conquête turque ferme au sud la route de la soie, les négociants arméniens deviennent d’importants intermédiaires sur la route nord (nord de la Caspienne, Crimée, Pologne).

 

Jusqu’au XIXè siècle, les Arméniens établis hors de l’Arménie historique constituent des communautés souvent prospères. Ils seront parfois largement assimilés : en Pologne, la religion arménienne a été absorbée au XVIIè siècle par la religion catholique dominante ; en Transylvanie, la minorité arménienne a fait corps avec l’autre minorité locale, les Hongrois. Le contact avec l’Occident à l’époque des Croisades n’a jamais été rompu : le commerce évidemment, mais aussi la religion et la diplomatie amènent des Arméniens à s’établir dans de grandes villes européennes (Venise, Livourne, Marseille, Amsterdam, Paris).

 

Cependant, l’actuelle diaspora arménienne s’est constituée au cours du XXè siècle. La première vague d’émigration a lieu entre 1896 et 1930 environ. Après un premier mouvement à la suite des massacres de 1894-1896, les survivants du génocide de 1915 quittent la Turquie pour le Moyen-Orient (la Syrie et le Liban sous mandat français, l’Egypte), la France et dans une moindre mesure l'Amérique. Après 1945, les fluctuations politiques au Moyen-Orient (notamment la guerre au Liban, où se baseront les groupes terroristes arméniens actifs entre 1975 et 1985), puis la chute de l’URSS entraînent une seconde vague, cette fois surtout vers l’Amérique (Etats-Unis, Canada, Amérique du Sud).

 

Aujourd’hui, la diaspora (nationaux d’origine arménienne) se partage essentiellement entre les pays de l’ex-URSS (zone géographique où les Arméniens étaient déjà nombreux à l’époque tsariste), les Etats-Unis, la France et le Moyen-Orient, plus des groupes importants en Iran, en Argentine et en Australie. Les chiffres varient selon les sources et leur fiabilité est douteuse, mais on compte en général plus d’un million de personnes aux Etats-Unis, autant voire davantage dans l’ex-URSS (hors Arménie), environ cinq cent mille au Moyen-Orient, environ quatre cent mille en France. La diaspora arménienne est plus importante numériquement que la population de l’Arménie (entre 2,5 et 3 millions d’habitants).

 

L’indépendance de l’Arménie en 1991 a sonné l’heure des retrouvailles au grand jour entre la diaspora et la mère-patrie, en dépit de relations parfois difficiles. A l’aide humanitaire de 1988 a succédé l’aide au développement économique (le milliardaire américain Kerkorian, le fonds Hayastan). Sous la présidence de Levon Ter Petrossian, l’interdiction du parti dachnak, majoritaire dans la diaspora, a donné le ton de rapports tendus. Depuis 1998 et l’élection de Robert Kotcharian, l’organisation par l’Etat arménien des « conférences Arménie-Diaspora » marque l’importance reconnue à la diaspora dont le soutien politique, humanitaire et économique ne se dément pas.

 

[source: Exposition Arménie - Bibliothèque de Sciences Politiques]

 

Histoire de la diaspora arménienne en Suisse

Au milieu du XIXè s., on compte environ deux millions d'Arméniens dans l'Empire ottoman et un demi-million dans le Caucase russe. Le réveil des nations trouve un large écho auprès de ce peuple chrétien privé de liberté depuis 1375. En 1887, un groupe d'étudiants arméniens à Genève fonde le parti social-démocrate Hentchak qui prône la lutte de libération nationale. Il est suivi en 1890 par la Fédération révolutionnaire Dachnaktsoutioun qui choisit Genève comme centre de ses activités à l'étranger. Son journal Droschak y sera publié jusqu'à la Première Guerre mondiale. Les partis Hentchak et Dachnak organisent des révoltes locales en Turquie provoquant une répression généralisée. Les Arméniens sont massacrés par milliers, ce qui soulève une grande émotion en Occident. En Suisse, en 1896, une pétition demandant l'intervention du Conseil fédéral recueille 454 291 signatures. L'initiative émane d'un comité de secours aux Arméniens (Schweizerischer Hilfsbund für Armenien) qui ouvre des hôpitaux-orphelinats à Sivas et Ourfa, où se distinguent le Genevois Léopold Favre et l'Appenzellois Jakob Künzler. À la fin du siècle, une communauté arménienne commence à se consolider à Lausanne et Genève avec les familles Tchéraz et Tchamkerten notamment. Parmi les étudiants, il y a les écrivains Roupen Sevak et Siamanto (exécutés par les Turcs en avril 1915) ainsi qu'Avétis Aharonian, un des fondateurs de la République d'Arménie en 1918.

 

En janvier 1915, les armées russes envahissent la Turquie orientale et nombre d'Arméniens voient en elles des "libérateurs". Le gouvernement ottoman décide alors de déporter la population arménienne et de l'exterminer en partie. Ce génocide débute le 24 avril 1915 et fait plus d'un million de victimes, les survivants se dispersant à travers le monde. La Suisse en recueille plusieurs centaines dans des "foyers" dirigés par le pasteur Antony Krafft-Bonnard à Begnins et Genève. Après une brève indépendance (mai 1918-décembre 1920), l'Arménie caucasienne devient une république soviétique. Devant la Société des Nations, les conseillers fédéraux Gustave Ador et Giuseppe Motta plaident la cause de ce "peuple martyr" dont le sort est scellé à la conférence de Lausanne sur la paix au Proche-Orient. Alors que le traité de Sèvres du 10 août 1920 reconnaissait l'Arménie dans des frontières tracées par le président américain Wilson, le traité de Lausanne du 24 juillet 1923 n'en mentionne même pas l'existence. Depuis lors et pendant un demi-siècle il n'est plus question des Arméniens. En Suisse, la plupart (env. 4000) se sont bien intégrés, vivant surtout en Suisse romande. Depuis 1969 ils possèdent une église à Troinex. L'arménien est enseigné dans les universités de Fribourg (depuis 1920) et Genève (1974).

 

Le problème arménien ressurgit au milieu des années 1970 avec une vague de terrorisme antiturc qui frappe même la Suisse. Il cesse en 1985 avec la reconnaissance du génocide de 1915 par la sous-commission des droits de l'homme de l'ONU. Par la suite, le problème arménien s'est focalisé sur l'Arménie soviétique redevenue indépendante le 23 septembre 1991, reconnue par le Conseil fédéral; elle entretient une mission près les organisations internationales à Genève. L'ambassade en Géorgie représente la Suisse en Arménie. En 1997, la Suisse a importé d'Arménie pour 4,2 millions de francs (diamants, poussière d'or) et a exporté pour 1,3 million (surtout tabacs). Les deux pays signé différents traités économique. L'année 1988 a été marquée par le séisme dévastateur du 7 décembre qui a vu l'intervention du Corps suisse d'aide en cas de catastrophe.

 

Auteur: Armand Gaspard, publié à l'origine sur le Dictionnaire historique de la Suisse

Mise à jour du texte: Wizard

 

Bibliographie:

-K. Meyer, L'Arménie et la Suisse, 1987 (all. 1974)

-H.-L. Kieser, éd., La question arménienne et la Suisse (1896-1923), 1999

 

Ziran!

Support your local Ziran!

Schaffhauserstrasse 30

CH 8006 Zürich

 

 

Take a share:

Info - Share certificate

 

 


Calendar

News & Forum

Webmail

English
French
German