Ararat d'Atom Egoyan

Une réflexion sur la mémoire du Génocide et la transmission de cette conscience.

 

Un film de ATOM EGOYAN avec Charles Aznavour, Arsinée Khanjian, Elias Koteas

 

"L'histoire, il faut la raconter. La vie il faut la vivre" Atom Egoyan

 

Un artiste tente de peindre le portrait de sa mère.

Un metteur en scène veut réaliser le film de sa vie.

Un jeune homme tente de passer la douane.

Une jeune femme veut comprendre comment son père a disparu.

Une conférencière se sert de la grande histoire pour oublier la sienne.

Un acteur endosse le rôle du méchant sans en mesurer les conséquences.

 

Une seule histoire les réunit: celle de l’Arménie

 

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Atom Egoyan et les acteurs

Atom Egoyan
a présenté hors compétion à Cannes
le 20 mai son film "Ararat"

 

Sur le site du Festival de Cannes:

Ararat par Egoyan

 

Cette oeuvre se veut une réflexion sur la mémoire du Génocide, mettant en scène notamment le peintre Arshile Gorky.

 

Lisez le dossier de presse
au format RTF

 

Distribution par Monopole Pathé Films SA

De Atom Egoyan , avec Charles Aznavour , Bruce Greenwood , Marie-Josée CrozeChristopher Plummer , David Alpay , Eric Bogosian , Brent Carver , Arsinée Khanjian , Elias Koteas , Simon Abkarian , Raoul Bhaneja - Photo: Paul Sarossy - Musique: Mychael Danna (lire l'article sur sa collaboration avec Atom Egoyan sur le site de TraxZone)

Biographie détaillée des écrits d'Atom Egoyan et des publications le concernant.

Notre avis

"Ararat" ne peut laisser indifférent, voici nos réactions après la première projection

 

Atom Egoyan a réussi un film magnifique qui parle au coeur autant qu'à l'intellect. La construction est magistrale, les images sont à la fois fortes et subtiles, la musique porte l'ensemble au plus profond du coeur. Le réalisateur Saroyan (joué par Charles Aznavour) monte un film sur le Génocide. Autour de ce fil rouge vont se dérouler d'autres histoires qui toutes se complètent. Il lance dès le début en parallèle ce qui tout d'abord semble être des vies indépendantes, et très vite ces petites histoires se recoupent, se rencontrent comme autant de rivières qui gonflent le fleuve de la grande histoire. Il n'esquive aucune difficulté mais au contraire affronte de face les thèmes les plus délicats: la difficulté de transmettre la mémoire du Génocide, la lourdeur d'assumer son arménité, la beauté défendue des territoires arméniens, la méconnaissance du public, la perte de sens d'un combat qui s'épuise. Quand l'acteur turc, qui joue le rôle d'un officier ottoman, demande à Saroyan s'il veut connaître son avis sur le Génocide, Saroyan répond simplement 'Non'.Il n'y a en effet pas à donner son avis sur un fait d'histoire incontestable, le négationisme n'est pas une opinion. Quand Raffi (David Alpay) est contrôlé à la douane canadienne, après avoir pris des risques incensés pour ramener des images d'Ani - la capitale historique de l'Arménie aujourd'hui en territoire turc - il raconte l'histoire de son peuple au lieu de tenter de sauver sa peau car il sait pour sa cause la valeur inestimable d'une oreille attentive. Chaque scène évoque pour les Arméniens le quotidien d'une identité si difficile à défendre, chaque scène explique au monde ce que le Génocide, doublé du négationisme, a laissé comme plaies béantes. Il faut absolument voir ce film.

 

G-WAW

 

Ararat est un « phénomène ». Issu d’une démarche artistique et intellectuelle spécifique, il propose des questions plus que des réponses. Se refusant de « faire du Spielberg », Egoyan adopte un point de vue suffisamment distancé pour traiter de son objet, la représentation du génocide arménien, de manière d’autant plus riche. En cela, son dernier film est précieux parce que différent. Ni documentaire, ni fresque historique, Ararat est une fiction qui met en scène des personnages dont le destin se recoupe par le biais d’un lien qui les unis tous, l’histoire de l’Arménie : un artiste peint le portrait de sa mère, un metteur en scène réalise le film de sa vie, un adolescent passe la douane, une jeune femme veut comprendre comment son père a disparu, une conférencière se sert de l’Histoire pour oublier la sienne… Chacun d’eux vit dans le besoin, vital, de saisir la vérité et trouver un sens à leur vie.

Le film propose de penser la question de la mémoire du génocide, comme évènement traumatique et déterminant dans la construction identitaire : comment réussir à vivre le présent avec un tel passé ? Issu d’un immense désir de communiquer et partager, Ararat porte en lui les problématiques propres à la diaspora. Appel du cœur autant que de l’esprit, le dernier film d’Atom Egoyan est certainement son œuvre la plus personnelle, mais aussi la plus réfléchie. La plus généreuse aussi.

 

Sévane Garibian

 

Rupture et Reconstruction

«Pour qu’il y ait même une conscience de la vérité,
il faut qu’elle soit exprimée. S’il n’y a pas de reconnaissance
publique de cette mémoire, on ne peut pas passer à l'oubli.»

Arsinée Khanjian
citée dans le magazine Voir Montréal, nov. 2002

Réflexion sur la représentation génocidaire

Etude philosophique par Stefan Kristensen

 

Le dernier film du cinéaste arméno-canadien Atom Egoyan, ARARAT, pose de manière forte, complexe et originale le problème de la mémoire dans le contexte de la diaspora arménienne. Cette façon de le poser révèle certaines structures fondamentales et universelles dans notre rapport à l’histoire, en particulier à sa dimension violente.

 

La présente étude s’articule en trois temps : je vais commencer par exposer les grandes lignes de la théorie de la mémoire du philosophe français Henri Bergson, puis je vais détailler les effets du déni et de l’absence sur notre conscience de l’histoire (divers modes pervers de présence du passé) à travers l’exemple du film d’Egoyan et enfin, je vais indiquer comment il convient de traiter l’idée de vérité dans cette perspective. Il ne s’agit pas de produire un jugement de critique cinématographique sur cette œuvre ou d’en évaluer la qualité artistique ; il s’agit de dégager la manière dont Egoyan pose un certain nombre de problèmes de nature philosophique et, ce faisant, certains malentendus de la critiques seront levés alors que certaines de ses prises de position seront confirmées. Il ne peut pas non plus s’agir de livrer un point de vue autorisé sur les théories contemporaines de la mémoire. Je veux seulement dégager les grandes lignes de la théorie de Bergson, en tant qu’elle me paraît répondre aux problèmes posés par l’œuvre d’Egoyan. J’en profite pour dire que je ne sais pas si Egoyan a lu Bergson. Si oui, ce sera une confirmation de mon hypothèse, sinon, ce sera simplement une heureuse rencontre de deux penseurs aux prises avec le même problème.

[...]

 

Lire le texte complet au format PDF.

 

Réponse d'Atom Egoyan à Stefan Kristensen (janvier 2003):

Dear Stefan Krsitensen,

Thank you so much for your excellent essay. It is truly one of the most incisive reflections on ARARAT which has been produced. In particular, your comments on Verneuil's Mayrig (and his representation as Saroyan) were very sensitive.

I am sorry it has taken so long for a response, but I have been overwhelmed with work. Again, my sincere thanks for your intelligent and most perceptive analysis.

Atom Egoyan